Esdr., II
[535 av. J.-C] LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE. 523
par les déserts de la Syrie était bien une troupe de purs. Chez les refdim, Jérémie et Ézéchiel durent être satisfaits. Ils avaient réussi. La piété était décuplée en Israël. A travers mille broiements, mille épurations, des exils et des sélections sans fin, le personnel voulu pour l'œuvre divine était mis à part. L'élimination des scories était complète. Aucun souci politique ne distraira plus Juda de sa vocation. Voici en route la bande de saints qui réalisera l'idéal rêvé par deux siècles de puritains. Ce fut le plus beau triomphe de la foi et la meilleure preuve de ce que le judaïsme depuis Josias eut de puissamaient constitué. Le grand amour fait seul ces miracles. Si la colline de Sion n'eût pas été puissamment aimée depuis cent ans, elle n'eût pas exercé une telle attraction. On n'eût pas vu des fanatiques mettre en mouvement des masses entières et les entraîner à travers le désert, avec la certitude de mille privations dans le trajet et la perspective d'une misère sombre à leur arrivée.
Cantate Domino canticum novumK C'était le chant inaugural de l'ère qui allait s'ouvrir. La pauvre humanité a besoin de se dire qu'elle entonne un canti-
1. Is., XLii, 10. Les joachimites, les sectes de l'Évangile éternel vécurent du susurrus intérieur de ce verset, qui sert de début à plusieurs psaumes composés après le retour.
524 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [535 av. J.-C]
que nouveau quand souvent elle ne fait que répéter les airs antiques. Jamais peuple autant que le peuple juif n'a vécu par Tespoir. Le judaïsme, le christianisme naissant sont les religions de l'espérance obstinée, persistant malgré toutes les apparences. Le retour de Babylone fut l'espérance poussée jusqu'à la folie, et cette fois encore il se trouva que la folie avait été bonne conseillère, du moins au point de vue des intérêts généraux du monde. On peut dire que c'est ici, dans l'histoire du judaïsme, l'heure solennelle, l'heure qui décide de la vie et de la mort. Si le retour n'eût pas eu lieu, Juda aurait eu le sort d'Israël; il se serait fondu en Orient; le christianisme n'aurait pas existé; les écrits hébreux se seraient perdus; nous ne saurions rien de ces étranges histoires, qui sont notre charme et notre consolation. La petite troupe qui traversait le désert portait donc bien avec elle l'avenir; elle fondait définitivement la religion de l'humanité.