Voir t. II, p
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tantisme écossais pour arriver à viser, dans les considérants de jugements exécutoires, des articles de l'Exode et du Deutéronome comme des articles ayant force de loi.
La meilleure preuve, du reste, qu'aucun texte n'avait encore la prétention de résumer les révélations de lahvé, c'est qu'à côté du récit que nous appelons jéhoviste, on gardait le récit que nous appelons élohiste, produit d'une rédaction plus moderne. Ce livre présentait le Livre de l'Alliance sous une forme mieux accommodée aux idées hiérosolymitaines, sous la forme du Décalogue. Il ne renfermait rien qui pût blesser les prétentions de Juda, puisqu'il avait été rédigé à Jérusalem. Et pourtant ce livre était moins lu que le récit jéhoviste*, sans doute parce qu'on le trouvait moins pieux, moins propre à montrer les devoirs étroits d'Israël envers lahvé. Le nombre des exemplaires devait être extrêmement peu considérable. Le récit élohiste, ayant pour objet principal les généalogies^ pouvait n'être contenu que dans un ou deux exemplaires. On lisait peu alors; la parole remplaçait le livre, et voilà pourquoi la parole affectait des
1. Les prophètes, le Deutéronome en font peu d'usage; on ne peut dire cependant qu'ils l'ignorent. Voir t. II, p. 380-381,. note. Ézéchiel fait usage du x« chapitre (élohiste) de la Genèse.
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formes si vives, conçues en vue de frapper la mémoire et de s'y imprimer.
Cette duplicité dans la rédaction d'un livre qui, chaque jour, prenait plus d'autorité, n'était pas, néanmoins, sans de graves inconvénients. Elle avait eu sa raison d'être, à l'époque des deux royaumes ; elle n'en avait plus depuis que la maison d'Israël était réduite à un petit territoire. Si la dispersion des juifs n'avait pas été si grande au moyen âge, certainement les deux Talmuds de Jérusalem et de Babylone seraient arrivés à se réunir en un seul. L'idée de fondre ensemble les deux récits de l'Histoire sainte dut venir de bonne heure. C'est par conjecture que nous rapportons cette opération au règne d'Ézéchias. Nous croyons, cependant, qu'on trouverait difficilement un temps qui réponde mieux que celui-ci à l'état d'esprit où une telle entreprise put être conçue et exécutée ^
Cette fusion, en effet, exigea des partis si francs, si naïfs, qu'on ne peut guère la concevoir à une époque de scribes pieux, considérant superstitieusement les vieux livres comme écritures sacrées. On ne taille pas avec une telle liberté dans un texte
1. Pour prendre les formules en usage dans certaines écoles, R avait B entre les mains ; or B se perdit bien avant la captivité ; donc K travaillait à une époque ancienne.
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admis comme inspiré. L'analomie ne s'exerce pas sur des corps saints. Les divergences entre les deux récits étaient très fortes. Les règles que suivit Tunificateur furent à peu près celles-ci: l"* quand les deux récits étaient identiques ou à peu près, n'en mettre qu'un, en sacrifiant les détails secondaires que l'autre pouvait contenir^; 2° quand les deux récits étaient parallèles, sans se toucher tout à fait, ainsi que cela avait lieu pour le déluge, l'histoire d'Ismaêl, l'épisode de Dina, enchevêtrer les deux narrations, au risque de produire un texte incohérent, plein de zigzags et de retours; 3° dans le cas de contradiction formelle, sacrifier nettement un des deux récits ou, quand la possibilité s'en offrait, faire deux histoires avec une". Si l'unificateur avait cru que ses deux textes étaient sacrés, il n'est pas admissible qu'il en eût
i. Ainsi le récit de la mort des patriarches est presque toujours pris à l'élohiste. En suivant ses procédés ordinaires, sujets à beaucoup de répétitions, Tauteurfùt arrivé à faire nnourir deux fois ses personnages. Plus d'une fois, on sent qu'une chose qui ne se trouve plus que dans le jéhovistc avait eu aussi sa place dans Télohiste.
2. Ainsi les nombreuses alliances] des patriarches avec lahvé, les consécrations de Béthel, revenant sans cesse. On remarquera l'analogie de ces procédés avec ceux qui présidèrent à la rédaction des Évangiles, surtout de l'Évangile dit de Saint-Matthieu. Voir Hist. des orig. du christ., t. V, p. 173 et suiv.
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jeté au rebut des parties si considérables, il n'esl pas admissible surtout qu'il eût laissé dans sa rédaction des contradictions aussi fortes que celles qui subsistent, le principe le plus élémentaire de l'esprit humain étant qu'un fait ne peut pas s'être passé de plusieurs manières à la fois.
La méthode de l'unificateur fut celle de la plupart des compilateurs o dentaux \ Le plus souvent, il ne changeait rien aux mots du texte qu'il copiait. Il visait surtout à utiliser toutes ses retailles, à perdre le moins possible de ses originaux. Les historiens arabes arrivent au même résultat d'une manière plus commode en rapportant successivement les opinions diverses : <?: Il y en a qui disent que... D'autres disent que... )> et en terminant par la phrase consacrée : Allah alam, ce Dieu sait mieux ce qu'il en est )).Le narrateur biblique ne laisse jamais ouverte l'option entre des partis divers; mais il place souvent les uns à côté des autres, ou à quelque distance les uns des autres, des détails qui s'excluent; si bien que de tels récits ne sont réellement intelligibles que si on les imprime sur deux colonnes, ou en distinguant les rédactions par
1. On peut aussi la comparer au procédé de Tillcmont, moins les manclieltcs et les crociiets.
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des caractères différents \ La précision d'esprit n'existait chez l'unificateur à aucun degré, et il n'était dominé par aucune préoccupation d'art.
L'histoire sainte qui résulta de ces coups de ciseaux et de ces sutures grossières fut une œuvre assurément mal faite et incohérente, une compilation. Il faut dire que, si l'unificateur avait plus habilement accompli sa fusion, nous ne verrions plus la diversité des sources. Un coup de rabot eût effacé toutes ces inégalités. Le texte nous offrirait une matière parfaitement homogène, sur laquelle la critique n'aurait aucune prise, comme c'est le cas pour l'œuvre si bien ordonnée des historiens grecs. Ces grands artistes regardent comme une faute impardonnable de laisser voir la différence de leurs documents. Dans l'œuvre hébraïque, au contraire, telle que nous l'avons, les morceaux existent à l'état entier et non digéré %• nous pouvons encore les retrouver, puis, jusqu'à un certain? point, les rapprocher et rétablir ainsi les composants primitifs^ Les additions et retouches de l'uni-
1. Voir t. II, p. 33^, note. Voy. aussi Fessai de MM. Kautzsch et Socin (Fribourg en Brisgau, 1888).
2. 11 en est de même dans quelques compilations grecques de basse époque, par exemple dans la Chronique d'Anlioche de Jean Malalas.