‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 45 sur 348 · Inscr. de Siloé. Voir t. II, p. 509, note A · texte numérisé non relu

Inscr. de Siloé. Voir t. II, p. 509, note A

6. Le mot îlijTD ne se trouve pas avant Jérém., xxxvi, 2 et suiv. Le passage ps. xl, 8, est douteux. Septante : vàp^-qç, yapxiov.

et OÙ la matière sur laquelle on écrit cesse d'être d'un prix élevé est presque toujours un moment littéraire important. On se met à rédiger une foule de choses qu'on n'avait pas encore fixées; on codifie ce pour quoi la tradition orale avait suffi jusque-là. C'est le moment des compilations et des recueils. En Orient, nous l'avons dit, recopier, c'est le plus souvent refaire. La plupart des documents de l'ancienne littérature hébraïque subirent ainsi, vers le temps d'Ézéchias, de profonds remaniements.

Beaucoup de lettrés du Nord s'étaient réfugiés à Jérusalem après la destruction du royaume d'Israël. Ils apportaient avec eux des textes d'une grande beauté littéraire, à peine connus en Juda. Il s'agissait de fixer toute cette partie de la tradition, qui allait se perdre. Nous avons vu le travail qui s'accomplit sur l'Histoire sainte. Le récit unifié s'arrêtait, comme les deux récits séparés, à la conquête censée de la Palestine par Josué et au partage de la terre entre les tribus. Cette histoire avait un caractère essentiellement religieux, et toujours elle eut son cadre à part. Mais une curiosité bien naturelle faisait désirer aux gens quelque peu réfléchis de savoir ce qui se passa ensuite. De la conquête de la Palestine à l'établissement de la royauté, s'écoula un long inter-

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valle, où Israël n'eut que des sofetim intermittents; c'était l'âge héroïque de la nation, le commencement de l'histoire proprement dite. Le lasar ou Livre des guerres de lahvé contenait sur ces temps des renseignements inestimables, des chants d'une facture toute primitive, des aventures d'un rare intérêt. Racontées à un point de vue profane et sans but d'édification, ces vieilles histoires avaient un charme qui captivait tout le monde. Il n'y avait qu'à les extraire. C'est ce que fit l'auteur du livre des Juges, Il retoucha très peu le texte qu'il trouva établi^, n'y ajouta que des réflexions destinées à montrer les malheurs du peuple comme la suite de ses infidélités, retrancha sans doute peu de chose. Ainsi un trésor nous est parvenu, un texte du ix' ou x^ siècle avant Jésus-Christ, retrouvable encore à travers les corrections des scribes postérieurs.

Les récits des Guerres de lahvé et les chants du lasar allaient, selon nous, jusqu'à l'avènement définitif de David à la royauté de Jérusalem. Ces récits du temps de Saûl et de la jeunesse de David ont formé le fond des livres dits de Samuel; mais ici des éléments d'autre provenance ont été mêlés ou ajoutés : d'une part des pièces et des fragments

1. Auparavant sans doute, bien des histoires, comme celle de Samson, avaient été modifiées.

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de mazkirim du temps de David; de l'autre , des pages de médiocre valeur, tirées de Vies de prophètes et d'écrits tout à fait légendaires.

De la sorte, les parties essentielles des grandes compositions narratives du x" siècle entrèrent dans des compositions plus récentes. Le lasar, les Guerres de lahvé, les Légendes patriarcales du Nord furent dépecés en quelque sorte au profit d'arrangements postérieurs. Dans l'antiquité, une littérature ainsi exploitée, non seulement n'était plus copiée, mais disparaissait vite. On croyait qu'elle avait fourni sa part à l'œuvre commune; on n'y tenait plus. Les anciens livres du Nord périrent donc, au moment de leur plein succès. Peut-être cette littérature exquise inspira-t-elle quelques pastiches aux lettrés du temps d'Ézéchias. Le charmant livre de Ruth nous est resté comme une épave indécise de la littérature idyllique qui rapportait au temps des Juges l'âge idéal de toute poésie^

Pour l'époque de Salomon, de Roboam, de Jéroboam et de leurs successeurs, on possédait des annales sérieuses, d'où l'on tira une histoire des rois de Juda et d'Israël, qui fut continuée à mesure. De là ces Livres des Rois, qui sûrement n'avaient

1. Le livre est certainement judaïte; il suppose l'Histoire sainte dans l'état où elle est actuellement (iv, il).

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pas, au temps d'Ézéchias, la physionomie sèche et étriquée qu'ils ont aujourd'hui. Après la captivité, un abréviateur maladroit, tenant de près à Baruch et- à l'école de Jérémie, fit à coups de ciseaux le livre que nous avons, chétif extrait, taillé, avec l'esprit le plus partial dans un vasle ensemble de documents, et mêlé de parties faibles empruntées aux agadas prophétiques.

Dès le temps d'Ézéchias, commencèrent probablement ces Yies de prophètes, intimement liées à l'histoire des rois. Certains récits sur Éhe et Elisée ont un grandiose qui les rapproche des plus belles pages du jéhoviste; d'autres, au contraire, ont des détails exagérés, puérils, presque odieux, introduits sans doute à l'époque où l'on aimait à se figurer les prophètes confondant les rois et dominant les populations par la terreur. La prophétie d'Ëiie et d'Elisée eut un si grand caractère que jamais on ne vit poindre, à Jérusalem, la pensée qu'ils fussent schismatiques. Nous inclinerions, cependant, à croire que les belles parties de cette légende furent écrites dans le Nord. Il serait du plus grand intérêt de savoir comment elles réussirent à s'acclimater à Jérusalem.

Le travail littéraire des « Hommes d'Ézéchias » s'exerçait dans des ordres assez divers. Un des

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genres les plus chers aux peuples sémitiques, à toutes les époques, a été celui des rnesalim, proverbes, maximes exprimées d'une façon piquante, petits morceaux d'une tournure énigmatique et recherchée. C'est un usage constant des littératures de cet ordre qu'un personnage réel ou fictif, célèbre à tort ou à raison par sa sagesse, endosse toutes les sentences anonymes et centralise les maximes des siècles les plus divers. Chez les Hébreux, dès l'époque d'Ézéchias, c'était Salomon qui jouait ce rôle d'auteur parémiographique et gnomique par excellence. Les Hommes d'Ézéchias compilèrent un recueil de proverbes, qu'on mettait déjà sur le compte du hls de David S et réunirent à la suite quelques autres petits recueils d'une sagesse fort ancienne, attribués à des personnages énigmatiques, Lemuel^, Agour, Ilhiel"'. Là aussi trouva

1. Prov., cil. XXV et suiv. Les deux autres recueils (i et suiv. ; X et suiv.) paraissent moins anciens. Les répétitions qui existent entre le recueil des Hommes d'Ézéchias et le recueil ch. x et suiv. empêchent de supposer que les Hommes d'Ézéchias aient simplement continué le recueil x et suiv.

2. Ce nom est probablement symbolique. V. t. II, p. iiO-iil, note. Peut-être VnID^ est-il une faute pour '^NlDb, « le disciple de El».Comp. mni tlDb, Is., VIII, 16; l, 4; Liv, 13. Voir cependant Gen.,XLVi,10, et Nombr.,xxvi, 12 {lamed écourté devenant iod).

^. Agour-ben-Iaqé (Prov., xxx, 1) est également symbolique. 7X"'n''N*^ répété par dittographie, est probablement une glose introduite dans le texte. Ithiel serait alors le vrai nom de l'auteur.

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place le joli poème alphabétique de la Femme forte, petit chef-d'œuvre qui n'a d'égal que le portrait de la femme folle, dans Prov., ix, 13-18 :

L'eau furtive est bien douce; Le pain qu'on mange en cachette a des charmes particuliers...

L'esprit de pareils poèmes est ainsi parfois plus qu'à demi profane. C'était presque de la libre philosophie. Dieu pourtant s'y appelle lahvé^. Une sorte de compromis s'était établi entre le iahvéisme et la sagesse commune à toutes les nations. La religion n'enserre pas encore l'homme tout entier; la vue du monde n'est pas interceptée; le fanatisme existe à peine, ou du moins n'empêche pas l'exercice individuel de l'esprit.

Cet essai de culture profane n'était pas, du reste, un fait isolé dans TOrient sémitique. Les tribus voisines de la Palestine, tels que les Béni- Kédeni ou Orientaux, participaient à la même philosophie ^ La tribu iduméenne de Théman, en particuher, était célèbre par ses sages ^ La place

t. n^n"^ est employé dans toutes les parties des Proverbes, même dans Agour et la Femme forte. D^C^Ip (les Saints), pour Dieu, se trouve deux fois dans les Proverbes : ix, 10; xxx, 3. Cf. Osée, XII, 1.

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