‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 46 sur 348 · IRois, V · texte numérisé non relu

IRois, V

3. Jérémie, xlix, 7; Obadia, 9; Baruch, m, 22-23. Comparez Job, XV, 10, 18, 19.

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du roi Lemuel ou Limmudel \ dont nous sommes censés avoir un début de poème gnomique, n'est pas probablement plus à chercher dans une dynastie arabe ou araméenne que dans la série des rgis palestiniens. Il semble bien, cependant, qu'il y eut un mode de culture intellectuelle, se traduisant par la forme parabolique, dont le peuple juif nous a seul transmis le souvenir, mais qui ne lui était pas exclusivement propre. Il est môme possible que, parmi les monuments de la sagesse hébraïque, se trouve plus d'un fragment de la sagesse des tribus voisines, caractérisée, comme celle d'Israël, par la forme sentencieuse, le parallélisme et le jeu qui consistait à commencer chaque strophe par les lettres de l'alphabet dans leur ordre cadméen-.

Un livre extraordinaire nous est resté comme l'expression de ce moment unique où, malgré le fardeau de sa vocation religieuse, Israël leva vers le ciel un regard hardi ^ Le livre de Job est un des

1. Prov., XXXI, 1-9. L'idée que massa (Prov.,xxx, 1, etxxxi, 1) serait un royaume d'Arabie n'a aucune vraisemblance.

2. Le petit poème de la Femme forle et le Ps. xxxvii (assez ancien) présentent déjà cette particularité.

3. Les analogues littéraires du livre de Job sont : Amos, Joël, Osée, Isaïe, le cantique d'Ézéchias et les psaumes des anavim. Voir ci-après, p. 130 et suiv. On dirait que le livre a élé com^

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monuments les plus étonnants que nous ail légués le passé de l'esprit humain. Cette admirable composition, qui a sûrement été écrite par un Israélite, mais qui aurait pu être aussi bien l'œuvre d'un Thémanite ou d'un Saracène^ nous apparaît au sommet des deux pentes du génie hébreu, celle qui monte et celle qui descend. Il traite la question même qui est au cœur du judaïsme. C'est le livre hébreu par excellence, et, chose qui montre bien combien le siècle dont Ézéchias est le centre fut libre et large, ce n'est pas un livre sacré; c'est bien un livre de philosophie; il n'enseigne pas, il discute. Comment se fait-il que, sous l'empire d'un Dieu juste, le méchant réussisse fréquemment, tandis que l'homme juste, fréquemment aussi, est frappé de malheurs immérités? La question était pour l'Israélite absolument capitale. On peut dire que la lutte contre cette antinomie est l'histoire du ju-

posé par un anav. Comp. aussi Is., xix, 5, et Job, \iv, 11. Pour plus de développements, voir l'étude en tète de ma traduction du Livre de Job (Paris, Lévy, 1858).

1. L'attention à ne pas employer le mot de lahvé dans la discussion philosophique implique bien que Job et ses amis sont, pour l'auteur, étrangers au iahvéisme. De même, les narrateurs sacrés évitent de mettre le nom de lahvé dans la bouche de non-israéliles, et le narrateur élohiste s'interdit ce nom avant la révélation du Sinaï. Le livre de Job et les livres sapientiaux s'interdisent également Sebaoih.

daïsmelout entier. L'histoire du judaïsme est im long efïort de six cents ans pour arriver aux solutions que la croyance à l'immortalité de l'individu fournit tout d'abord aux races aryennes. Plus avancés par certains côtés que les autres peuples, les Beni-Israël virent bien que les récompenses et les châtiments d'outre-tombesont chose vaine, sans réalité. C'est dans le cercle de la vie réelle qu'il faut chercher l'équilibre de la justice suprême. Posé de cette façon, le problème est absolument insoluble, ou plutôt il implique une fausse majeure, c'est que ce monde est gouverné par une conscience claire et déterminée, par une Providence réfléchie, ayant souci d'être juste envers l'individu. L'exagération du dogme de la Pi-ovidence est la grande erreur du judaïsme et de l'islam. Si lahvé est le Dieu juste par excellence, et si tout ce qui arrive dans le monde se fait par lahvé, ou du moins à sa connaissance, il faut que la liquidation finale des comptes du créateur avec sa créature se solde par une balance exacte entre le mérite et la récompense. Crime et châtiment sont synonymes. Celui qui a semé le bien, récoltera le bien; celui qui a semé le mal, récoltera le mal K Quoi de plus contraire

1. Osée, VIII, 7; x, 13; Job. ù chaque page. Voir t. I, p. 132.

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àrexpérience journalière des faits de ce monde? Éliphaz cherche en vain une réponse à l'objection de ceux qui disaient :

Qu'en saura Dieu?

Peut-il juger à travers la nuit sombre? Les nuages rempèclient de voir; Il se promène sur la voùle du ciel*.

Une connaissance plus étendue de l'univers et surtout l'habitude de distinguer entre la raison consciente et la raison inconsciente ont à peu près supprimé pour nous, en laissant à la place une effroyable plaie béante, le pi^oblème qui tourmentait ces vieux sages. Il n'y a pas eu guérison, il y a eu extirpation, et l'extirpation sera peut-être mortelle pour l'humanité. Pour l'Hébreu, étranger à l'idée de l'infinité de l'univers et n'ayant pas la moindre notion de l'inconscience de la raison suprême, la situation était sans issue. Jusqu'à un certain point, elle était tenable pour les prophètes, pour un Isaïe par exemple, ne voulant considérer que la race et la nation, sachant se contenter, pour le train ordinaire des choses, d'une justice sommaire, et vivant dans l'attente d'un jour de réparations absolues, où toutes les choses faussées par l'homme seront rétablies en leur droit sens. On

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