EZECHIAS
La destruction de Samarie fut, selon une loi ordinaire de l'histoire, Texaltation de Jérusalem, sa rivale. Le travail religieux et littéraire qui s'accomplissait par les deux moitiés séparées de Jacob va maintenant s'accomplir par Juda seul. Or Juda, c'était Jérusalem. La religion d'Israël jusqu'ici
2 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [7-20 av. J.-C]
n'avait pas de nom; dans la forme que va lui donner le génie hiérosolymite, elle s'appellera le judaïsme. Ainsi concentrée, la force du mouvement religieux allumé par les prophètes acquit un nouveau degré d'intensité. La petite ville de David devint un foyer de création comme il n'y en a pas eu d'autre dans l'ordre religieux. Les problèmes moraux et sociaux s'y posèrent avec une originalité hors ligne. La première religion organisée est en voie de se former; le christianisme, l'islamisme, le protestantisme, et, mutatis ^nutandis, le socialisme moderne en sortiront.
Le iahvéisme, l'élohisme et les cultes qui s'y rattachaient, même les disciplines qui, depuis des siècles, constituaient le prophétisme, n'étaient pas encore des religions ayant un principe d'identité qui assurât leur durée. C'étaient des germes énergiques, d'où devait sortir la tige de l'arbre religieux de l'humanité; ce n'étaient que des germes. Les réformes d'Ézéchias et de Josias, les livres qui en résultèrent, le terrible fanatisme de Jérémie, la captivité, le retour, furent le nœud qui lia tout cela en un faisceau désormais impossible à briser. Le royaume d'Israël une fois disparu, sa religion disparut aivec lui; le royaume de Juda disparaîtra, mais sa religion lui survivra. Le judaïsme, de
[7«0 av. J.-C] LE ROYAUME DE JUDA SEUL. B
religion locale, deviendra une religion sans lien avec un pays déterminé, susceptible d'être pratiquée dans tous les pays, embrassée par les races les plus diverses.
Deux grands hommes, Ezéchias et Isaïe, sont à Torigine de ce mouvement extraordinaire, qui a décidé du sort de l'humanité. Les circonstances y aidèrent puissamment. Les trois années que dura le siège de Samarie et les années qui suivirent furent pour Jérusalem un temps de fièvre ardente. A chaque moment, on croyait voir se détourner sur la Judée le fléau qui broyait Éphraïm. Une sorte de patriotisme empêcha Isaïe et Michée de pousser trop hautement des cris de triomphe à la prise de Samarie; mais, en fait, la victoire du iahvéisme était complète. Les prédictions des prophètes de Jérusalem s'étaient réalisées. Le royaume d'Éphraïm était tombé victime de son infidélité à lahvé. Seule en Syrie, Jérusalem avait été épargnée. Quoi de plus clair? Dès qu'on admettait que les Assyriens étaient le fléau avec lequel lahvé battait les peuples, cette immunité de Jérusalem ne pouvait être que l'effet d'une protection divine. Une belle surate d'Isaïe \ qui paraît se rapporter à ce temps, contient la théorie complète de la Providence selon les