Isaie, ch. xxxiii
Qui ferme son oreille quand on lui parle de sang,
Qui dot ses yeux quand on lui propose le mal;
Voilà celui qui habite sur les pics,
Qui a pour asile les créneaux du rocher;
Son pain lui est garanti d'avance,
Sa ration d'eau est assurée '.
Un seul cri sortit de la bouche des piétistes durant ces jours d'angoisse :
lahvé est notre juge, lahvé est notre législateur, lahvé est notre roi ; C'est lui qui nous sauve.
Effectivement, les affaires de Sennachérib s'embrouillaient de plus en plus. Tarhaqa, qui venait de conquérir l'Egypte, s'avançait pour l'attaquer. On apprit bientôt que l'armée assyrienne quittait la Judée et le pays des Philistins pour aller au-devant de l'Éthiopien \ On respira dans Jérusalem ; les crocs du monstre qui tenait la ville enserrée commençaient à se relâcher.
On éclata de joie quelques semaines après. L'armée assyrienne n'existait plus; elle avait été
1. Allusion au rationnement du pain et de l'eau, pendant le siège.
2. L'ordre du jour d'isaïe, conservé dans la légende 11 Rois, eh. XIX et dans Isaïe, ch. xxxvii, est d'une authenticité douteuse.
détruite dans la Basse-Egypte, plus ce semble par les maladies que par répée des ennemis*. Sennachérib regagna Ninive en fuyard.
Quel triomphe pour lahvé! Les prophéties d'Isaïe s'étaient accomplies de point en point. Ézéchias avait vaincu, parce qu'il avait eu confiance en lahvé seul. Très vite la légende se forma. On se rappela les oracles d'Isaïe, annonçant que l'armée de Sennachérib serait exterminée en Judée, sans le secours de la main de l'homme 2. La peste, dans l'antiquité, était toujours attribuée à un Dieu ou à un ange extermiHateur^ On raconta bientôt que le maleak lahvé, en une nuit, avait tué cent quatrevingt-cinq mille Assyriens, et que, le lendemain matin, la plaine était couverte de cadavres. Les Égyptiens expliquèrent également la disparition de Tarmée assyrienne par un miracle*.
Le règne de Sennachérib se prolongea longtemps encore, brillant et prospère ^ Plus tard, il fut, dit-on, assassiné par deux de ses officiers, Adrammélek et Saréser, pendant qu'il priait dans un