Voir Orig. du Christ., t. IV, p. 470-472; VI, p
d'idées qu'il y ait dans l'histoire, où il y en a tant.
Au fond, les mœurs persanes étaient bien plus analogues à celles des Juifs que ne le furent plus tard celles de la Grèce, celles de Rome, celles de l'Occident. Tous les personnages appelés à un rôle dans les romans pieux, Néhémie, Zorobabel% Daniel, jusqu'à un certain point Esdras, commencent par être pages à la cour^ Le roman juif trouva son idéal dans ces mœurs, que reproduisit plus tard le khalifat de Bagdad ; mœurs gaies, tranquilles, bourgeoises, sous un despotisme bonasse, tour à tour stupide et paterne, féroce et souriant. La vie, sous le sceptre achéménide, parait avoir été assez douce en Orient. Beaucoup de particularités de la vie juive viennent de la Perse. Une fête surtout, répandue dans tous les pays persans, eut chez les Juifs une fortune singulière et donna lieu à une légende qui est, dans
1. Voir le roman de Zorobabel, dans les ch. m et iv du troisième livre d'Esdras et dans Josèphe.
2. Se rappeler aussi Tobie, Esther, Bel et le dragon, initio. En général, la chronologie juive des rois Achéménides est très flottante. Dans Daniel, Darius est fils de Xerxès, succède à Balthasar et a pour successeur Cyrus. Gomp. III Esdras, m, 1, et les impossibilités du document B dans l'Esdras canonique. Dans III Esdras, ch. iv, comp. 43 et 57.
leur littérature sacrée, une tache extrêmement choquante.
Les Perses avaient un jour de réjouissance, qui se célébrait, à la fin de l'année, par des festins et par des cadeaux que Ton s'envoyait réciproquement. Cette fête s'appelait fourdi. Les Juifs l'adoptèrent comme fête profane, et la célébrèrent, comme les Persans, au douzième mois, par des réjouissances et des banquets où l'ivresse était permise. Ils l'appelaient, en araméen, Pourdaï, en hébreu, Fourdim, qui devint, par une faute très facile à expliquer paléographiquement, Fourim ou Poiirim *. Cette fête ne fut pas célébrée au temple; ce ne fut pas d'abord une cérémonie religieuse. Cependant on voulut qu'elle eût son agada, et c'est là-dessus que fut construit le livre d'Esther. Toute fête, pour les Juifs, se fondait sur une légende historique et avait son volume ou rouleau, sa megilla. On supposa que le pourim se rattachait à un grand triomphe d'Israël et au supplice de leur plus grand ennemi. Mais comme la fête n'était pas religieuse, on s'abstint systé-
1. Le manuscrit de Josèphe porte «ppiufxîou;, pour (poup<5'tcu;. Syr. •Affoa. La forme primitive, en hébreu, a dû être D''T1D, devenu, par deux confusions des plus ordinaires, D''")1D.
matiquement d'employer le nom de Dieu dans le récit et d'y mêler aucune considération religieuse*.
De là naquit le livre le plus étrange, un livre méchant, impie, révoltant, devenu malgré lui un livre religieux. Israël y est présenté comme une race redoutable, qui tue ses ennemis par une force interne, et dont le voisinage est à craindre. Jamais l'égoïsme national n'a été avoué avec une telle impudeur. La bassesse, l'amour des emplois vils, l'absence de sentiment moral, la haine du reste du genre humain y sont portés à leur comble. C'est l'idéal du mauvais Juif, la collection renforcée de tous les mauvais côtés du Juif, avec omission complète de ses belles parties. Quels affreux caractères qu'Esther et Mardochéc', Quelle ruse! Quel manque de dignité ! Quelle cruauté ! La mort des ennemis ne suffit pas à cette mégère; il lui faut l'ostentation des cadavres, de cadavres d'enfants ^ L'auteur, devant tout cela, n'éprouve que de la satisfaction ^ Xerxès, qui a permis d'exterminer les Juifs, permet aux Juifs de massacrer soixanle-