‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 136 sur 274 · LE GRAND SOMMEIL D ISRAËL · texte numérisé non relu

LE GRAND SOMMEIL D ISRAËL

De Tan 400 à Tan 200 environ, Israël sembla dormir profondément, et ce n'est pas sans raison que, dans la chronologie rabbinique, tous ces temps se réduisent à peu près à rien, les temps asmonéens se rattachant presque sans mtervalleà Néhémie. Jérusalem, telle que Néhémie Tavait faite, était un vrai tombeau. La Thora y était appliquée; c'est-à-dire que la vie était prise dans l'instrument de torture le plus terrible qu'on ait jamais inventé. Les utopies, par moment cruelles, des anciens rêveurs étaient réalisées; l'autorité théocratique avait à sa disposition la mort, la confiscation et l'exil. L'émigration avait lieu sur une

1. Voir ci-dessus, p. 154. L'autorité religieuse pouvait-elle, à

grande échelle^ La Thora juive n*a tous ses mérites que quand elle n'a plus de bras séculier à son service. La domination romaine fut un bienfait, puisqu'elle enleva aux prêtres la disposition de la peine de mort. A l'étranger, la loi juive valait mieux aussi qu'à Jérusalem; car les condamnations cruelles qu'elle contenait étaient frappées de nullité.

Tout se serrait, se complétait, se rapetissait. Dans les derniers temps de Néhémie,nous sentons encore une opposition très vivace, qui a son centre dans les familles sadokites, alliées à Tobiah et à Sanballat. Maintenant la soumission est absolue. La Thora absorbe tout l'effort intellectuel d'Israël. On ne veut rien savoir de plus ; la Thora est toute science, toute philosophie. Le monde s'éclairait de jour en jour par la merveilleuse initiative de la Grèce. Le judaïsme y tourna le dos et ne voulut donner à la vérité profane (la vraie vérité) que ses heures subcésives. Ce prodigieux psaume cxix où l'auteur consacre vingt-deux octaves, soit cent soixante-seize versets, à l'éloge de la Loi, à l'exposé de toutes ses excellences, est le résumé complet de l'esprit juif de ce temps, de son parti pris absolu de ne rien voir hors de la Thora, d'y

l'époque persane, appliquera peine de mort? Josèplie {Ant., XI, VIII, 7) semble le supposer. Esdras, vu, 25-26, le suppose aussi

trouver toutes ses espérances, toutes ses consolations. L'observation ponctuelle de la Thora devint une sorte d'amusement. Dès cette époque, le judaïsme jouait au Talmud. La Thora non seulement donna le bonheur; elle donna le plaisir; ce fut le jeu de patience du pauvre Israël décrépit. Le moment le plus dangereux pour une nation est celui où elle croit avoir atteint son idéal; car alors elle commence à voir la vanité de ce qu'elle avait poursuivi. Elle s'aperçoit qu'elle a pris beaucoup de peine pour quelque chose de mesquin. Quand la France a eu réalisé son programme révolutionnaire, elle a découvert à la Révolution toute espèce de défauts. Les vices d'un plan idéal ne se voient qu'à la réalisation. Écrites comme des utopies désirables, les diverses parties de la Thora devenaient, dans la pratique, des chaînes insupportables. La Thora, légalement imposée, était le corset le plus étroit qui eût jamais serré la vie. Rien ne pouvait se produire sous un tel régime. Philosophie, poésie, science, tout fut étouffé. Le génie grec lui-même, comprimé de la sorte, eût péri. Ceux qui ne purent pas fuir Jérusalem furent abrutis, rendus subtils, hypocrites, méchants. Une religion matérialiste, qu'on accomplit mécaniquement et avec laquelle on devient un saint cartes

sur table, est la pire des religions. Où sont maintenant les rêves des grands prophètes? Ils sont tués dans leur victoire. Il n'est pas toujours bon, dans les choses humaines, de réussir parfaitement.

Le bien-être dont les Juifs jouirent sous la domination perse ne fut troublé que vers 355, sous le règne d'Artaxerxès III (Ochus) *. Un horrible scandale eut lieu dans le temple. Le grand prêtre Johanan ou Jonathan, fils de Joïada, y tua son frère Josué, qui aspirait à le supplanter par la faveur du satrape persan Bagosès. Bagosès voulut le venger. Il entra de force dans le temple, ce qui fut tenu pour une affreuse profanation. Il frappa d'un tribut les victimes qu'on offrait à lahvé, et, pendant sept ans, rendit la position des Juifs très mauvaise.

A cela près, Juda s'aperçut très peu, au IV' siècle, des grandes révolutions qui bouleversaient le monde. Les Juifs trouvèrent, en général, la domination achéménide bienveillante. Ce profond repos contribua puissamment à l'espèce d'état d'hypnotisme où le peuple jusque-là le plus actif, tomba sous l'influence de laThora. La Thora avait bien trouvé le terreau qu'il lui fallait pour pros-

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