‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 146 sur 274 · Quintc-Curce, IV · texte numérisé non relu

Quintc-Curce, IV

on y était trop dans la dépendance du public, pour que la recherche scientifique s'y trouvât bien à Taise. Ces petites démocraties formaient des milieux excellents pour la création première*, pour un temps où chacun philosophait, spéculait, généralisait pour son compte, avec une audace et une sérénité enfantines; elles ne pouvaient se prêter aux études communes soutenues par l'État. Les efforts réunis, les compagnies organisées y étaient impossibles. Les monarchies sorties d'Alexandre constituaient un milieu plus favorable à la patiente élaboration scientifique. Ni Athènes, ni aucune ville grecque n'eut d'Institut, d'académie, où les savants eussent trouvé des livres, des laboratoires, des moyens de subsistance. Le Muséon d'Alexandrie offrit tout cela. On travailla désormais avec continuité, avec solidarité, avec contrôle. Archimède, Ératosthène, Apollonius de Perge, Aristarque de Samos, Héron d'Alexandrie, Hipparque, furent en leur temps des Laplace, des Berthollet, des Gay-Lussac. Des progrès sérieux furent effectués; malheureusement, le foyer était isolé ; il manquait d'intensité ; la conquête romaine donna peu d'éveil

1. Il en faut dire autant des républiques italiennes du moyen âge, qui ont fait renaître tout ce que les républiques grecques avaient fait naître.

à la curiosité. Les corps savants disparurent; le public, qui a son utilité inconsciente, faisait défaut. Le grand centre de lumière fut éteint par rabaissement successif de Tesprit humain, dans les premiers siècles de notre ère.

Ce n'est pas sur ces hauts et froids sommets de la vérité scientifique que l'Orient et l'Occident s'embrassèrent. On s'unit par le vague et l'à-peuprès. La mysticité, que l'Orient porte partout avec lui, formait une atmosphère bien plus favorable aux combinaisons religieuses vraiment faites pour durer. Ni l'austère méthode de la science ni la beauté classique des chefs-d'œuvre ne pouvaient établir un lien commun entre ces races diverses. Deux franches originalités ne s'amalgament jamais. Les choses trop parfaites ne se touchent pas, ou du moins de leur contact ne naît jamais l'étincelle qui enflamme les masses. Le génie hébraïque du temps d'Isaïe et le génie grec du Y* siècle n'auraient pas trouvé moyen de mordre l'un sur l'autre. Mais une Grèce en décadence, un hébraïsme en décadence aussi pouvaient s'embrasser. Nous verrons les fruits singuliers de cette compénétration réciproque. Portée en grand nombre à Alexandrie, la race juive y manifestera ses plus beaux dons. Alexandrie s'affranchira des

défauts de Jérusalem; il y naîtra des produits qui ne seront pas tout à fait le christianisme, mais en seront des préliminaires et comme des premiers essais. Puis le christianisme lui-même, au ir, au iir siècle de notre ère, trouvera sur la terre d'Egypte un sol merveilleusement préparé, qui lui fournira quelques-uns de ses plus importants développements.

Les fondations d'Alexandre eurent ainsi sur le judaïsme un effet décisif. Hors de Jérusalem, il y eut comme deux pôles puissants, Alexandrie et Antioche, qui influencèrent profondément Tesprit juif. L'hellénisme et l'hébraïsme furent en présence, et la bataille fut ardente. Alexandre n'eut pas, comme Gyrus, de Second Isaïe pour saluer son avènement. Il est probable que, si quelqu'un des anciens Voyants d'Israël fut ressuscité, au moment du siège de Tyr ou de Gaza, les accents qui fussent sortis de sa bouche eussent été ceux d'une crainte profonde et de la malédiction. Le Jupiter Olympien, ce dieu de foudre que la dynastie nouvelle porte partout avec elle comme son symbole, va être, pour son confrère lahvé, un redoutable rival.

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