‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 229 sur 274 · Voir t. m, p · texte numérisé non relu

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masse abdiquerait toute foi à ce qui est au delà de la mort s'abaisserait complètement. L'individu peut faire de très grandes choses sans croire à l'immortalité; mais il faut qu'on y croie pour lui et autour de lui. Dans le mouvement d'une armée, en effet, il y a le courage personnel et l'entraînemenl général. La foi à la gloire, nos poursuites de l'idéal, sont une forme de la foi à l'immortalité; elles font faire une foule de choses dont on ne touchera le prix qu'après la mort ; toute noble vie est construite, pour une grande partie, sur des placements d'outre-tombe. Or la foi à la gloire est compromise par les courtes vues sur l'histoire qui tendent à prévaloir de nos jours. Peu de personnes agissent en vue de l'éternité. Je l'avoue, j'ai des doutes graves sur l'immortalité individuelle; et cependant j'agis presque constamment en visant des buts au delà de la vie ; j'aime mon œuvre après moi ; il me semble que je vivrai bien plus alors qu'aujourd'hui. Mais ces sentiments deviennent rares. On veut jouir de sa gloire; on la mange en herbe de son vivant; on ne la recueillera pas en gerbe après la mort.

J'ai cherché à expliquer, dans mon histoire des Origines dit christianisme^ comment la foi juive à

i. T. Il, p. 97-98; t. VII, p. 505-506.

la résurrection et le dogme platonicien de l'immortalité de Tâme se combinèrent au if et au iif siècle du christianisme, d'une façon qui laissa toujours beaucoup de place à Tincohérence. En réalité, dans la foi d'un chrétien et de ce qu'on appelle un spiritualiste, le dogme platonicien est ce qui domine; la résurrection des corps n'est plusqu'un embarras, qu'on rejette, comme un décor inutile, à la fin des temps. J'ai taché de montrer k diverses reprises* comment, si nos idées a priori sur la justice ont quelque valeur, les idées juives de la résurrection ont plus de chance d'être vraies que les idées platoniciennes fondées sur une erreur, la séparabilité de l'âme. Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur ce point. La conception juive a du moins un côté très philosophique; elle suppose que l'homme n'est pas immortel par lui-même, que l'immortalité, si elle lui est destinée, ne vient pas de sa nature, essentiellement mortelle, qu'elle vient uniquement d'une grâce de Dieu, qui tient à honneur d'être juste". C'est un miracle que Dieu se doit de faire, malgré

1. Vie (fe Jésus; Dialogues philosophiques; Examen de conscience philosophique.

2. Des théologiens chrétiens ont soutenu également que l'immortalité n'est pas de l'essence de Thommc, qu'elle lui est accordée par un acte spécial de Dieu.

la loi : « Tout ce qui a commencé finira ». Si l'univers arrivé, dans des milliards de siècles, à sa pleine maturité, se prend à vouloir être juste pour les innombrables êtres qui auront vécu, c'est par un tour analogue que nous imaginons la reviviscence des individus; et, comme un sommeil d'un milliard de siècles n'est pas plus long qu'un sommeil d'une heure, cela semblerait se passer à l'heure même de la mort. In momento, in ictu oculi.

Mais ces rêves nous emportent trop loin. Revenons à nos héroïques Israélites, qui se laissent tyranniser pour une loi dont toutes les récompenses se réduisent à une longue vie. On ne saura jamais combien furent féconds ces jours sombres, où Antiochus Épiphane préluda au rôle de Néron, et, en persécutant la religion, la consolida, y mit son sceau. Rien ne naît que dans la crise; ce qui était latent et en puissance ne se dégage que sous la pression du coin de la nécessité. L'israélitisme, reposant sur cette doctrine immorale que l'homme à qui il arrive un malheur est coupable, est obligé de reculer et de dire le mot qu'il résistait tant à prononcer depuis des siècles : uhvj ^^n, o: la vie éternelle ». Le messianisme, l'apocalyptisme, retenus jusque-là dans leur croissance, vont mainte-

nant marcher à pas de géant. Ce qui est fondé, en particulier, c'est le christianisme. Les deux idées capitales de Jésus, le royaume de Dieu et la résurrection, sont complètement formulées. L'esprit de martyre est créé. La mère et les sept fils vont faire le tour du monde et seront traités absolument comme des martyrs chrétiens. L'abomination de la désolation a porté la colère à son comble. Vivent les excès ! Vivent surtout les martyrs ! ce sont eux qui tirent l'humanité de ses impasses, qui affirment, quand elle ne sait comment sortir du doute, qui enseignent le vrai mot de la vie, la poursuite des fins abstraites, la vraie raison de l'immortalité.

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