SOULEVEMENT NATIONAL
De tels changements ne se font pas en un jour. Beaucoup de Juifs très sincères, en ces effroyables circonstances, continuaient à croire que chacun touche ici-bas le prix de ses belles actions. Combattre pour sa vie, pour ses foyers, pour la Loi, conquérir une gloire et un nom éternels ^ paraissaient des mobiles suffisants. In memoria œterna erit justm; quoi de plus beau? La noblesse de rhomme, c'est qu'il se paye de mots; c'est qu'il n'est pas conséquent. Une doctrine suivant laquelle, en apparence, l'homme aurait dû se porter à toutes les bassesses pour éviter la mort, qui est
1. I Macch., II, 51 ; m, 20-21 . En général le premier livre des Macchabées s'en tient à l'ancien point de vue juif, sans messianisme, ni résurrection. Lire surtout le petit discours de Juda Macchabée au moment de mourir. I Macch., ix, 10.
le pire des maux, et sauver le plus grand bien, qui est la vie, conseilla en réalité le martyre et Théroïsme. Nous avons vu des légions de martyrs s'offrir à la mort pour une Loi que les faits les plus évidents semblaient taxer de mensonge; nous allons voir des légions de héros se lever, former des armées, espérer contre toute espérance, combattre enfin avec autant de fanatisme que s'ils avaient eu en perspective le paradis des chrétiens ei les houris de Mahomet.
Les familles lévitiques étaient, comme nous l'avons déjà vu, le foyer du fanatisme juif; sans elles, il est probable que le judaïsme et les anciens écrits hébreux auraient disparu sous la pression des mesures ordonnées par les Syriens. Parmi elles florissaient ces petits comités de hasidim ou gens pieux, vivant ensemble dans leur pauvreté, très fiers de leur exactitude à observer la Loi, pleins de mépris pour les riches, les mondains, les imitateurs des modes grecques. La plupart de ces familles quittèrent Jérusalem au début de la persécution et allèrent s'établir dans les petites villes de Judée. Un certain Mattathiah, prêtre de la classe Joïarib*, partit avec ses cinq fils et se fixa à Mo-
1. C'est par abus qu'on donne à cette famille le nom du plus illustre de ses membres {Macchabées], Les « livres des Mac-
din% village situé près de Lydda, au pied de la montagne-. Il avait aussi, semble-t-il, des frères qui ^accompagnèrent^ C'étaient des gens énergiques et chez lesquels la vie sédentaire n'avait pas étouffé la vigueur du corps ni même l'aptitude militaire. La pauvreté avait eu là son grand privilège de conservation de la vigueur physique et morale. Tandis que les riches se laissaient aller aux mœurs et aux cultes étrangers, les pauvres sauvèrent l'âme d'Israël et proclamèrent hautement ce principe nouveau en Israël : « Il faut mourir pour la Loi. y> C'était logique ; la vieille Thora, dans ses parties vivantes, n'était-elle pas le code des droits du pauvre, le garant de ses éternelles résurrections ?
Un jour, Mattathiah fut témoin d'un spectacle horrible. Un Israélite apostat vint pour sacrifier sur l'autel païen que les gens du roi avaient dressé.
chabées » ne connaissent pas le nom d'Asmonéens, qu'on trouve dans Josèphe, dans la Mischna, dans les Targums. Josèphe regarde Â(T«p.wvaïoç (n^jD::;n ou '':bc^ ou •'aD*^'N) comme Farrière-grand-père de Mattathiah.
1. Aujourd'hui El-Medieh, ou Harbet el-Medieh, comme l'a bien vu M. Victor Guérin.
2. Il ne faut pas conclure de I Macch., ii, 70; xiii, 25, que Mattathiah eût des propriétés à Modin. Ce sont là des rédactions légèrement proleptiques.