Alexandre, Orac. sibijlL, t. H, p. 3U
2. Dans l'état actuel, le livre est mêlé d'hébreu et de chaldéen. Gela n'a pas de portée critique, et vient seulement d'un accident remontant aux origines du livre. Un copiste, pensant que l'araméen était la langue des anciens Chaldéens, a cru (v. l du ch. Il) donner le discours des Chaldéens en sa langue originale en prenant le Targum araméen; rr^^lK n'était pas sans doute dans le texte original ; c'est une note marginale ou un en-tête de colonne). Puis le copiste a continué de copier le Targum, et n'est revenu à l'hébreu qu'au ch. viil. Voir ci-dessus, p. 2, note 3; le môme fait pour le livre d'Esdras.
phètes. Jésus dut lire beaucoup ce livre, ainsi que celui d'Hénoch ; il y prit ses idées, ses expressions fondamentales , en particulier le mot de «Fils deThomme». Les premiers chrétiens s'en nourrirent et y cherchèrent leurs arguments en faveur de la messianité de Jésus *.
Ce livre bizarre ouvre ainsi toute une littérature qui dura environ quatre cents ans, et servit h l'expression de la pensée juive et chrétienne pendant sa période de tourmente. L'Apocalypse dite de Jean n'est qu'un pastiche de celle dite de Daniel. Il en est de même des apocalypses d'Esdras, de Baruch. L'essence du genre, c'est le pseudonyme, ou, si l'on veut, l'apocryphisme. L'apocalyptisme, c'est, comme nous l'avons souvent dit, le prophétisme d'un âge où l'on ne pensait pas qu'il pût s'élever de nouveaux prophètes. L'homme passionné, qui avait quelque chose à dire, n'eut plus dès lors qu'un parti à prendre, endosser le manteau d'un ancien prophète ou d'un ancien sage pour faire entendre à ses contemporains ce qui, dans sa bouche, aurait manqué d'autorité. Le défaut de critique était tel
1. Matth., XXIV, 15, 22. Le chapitre des semaines d'années devient, à partir de TÉpître dite de saint Barnabe, une des bases de Tapologétique chrétienne.
que le livre était bientôt accepté, et, comme il répondait aux besoins du temps, ii faisait plus d'impression, il était lu plus avidement que les anciens écrits, bien plus beaux de forme, mais plus difficiles à comprendre et souvent un peu en dehors des préoccupations du moment.
Comparé aux anciens livres bibliques, le livre de Daniel est comme Texpression d'un judaïsme nouveau, bien plus analogue aux ouvrages protochrétiens qu'à la vieille littérature hébraïque. L'ancien judaïsme n'a ni la vie éternelle ni la résurrection. Le royaume de Dieu, le messianisme, le jugement dernier n'y revêtent jamais une forme concrète. Ici tout est préparé comme il faut pour la croyance de l'humanité. L'éternité entre peu dans les idées juives, et, même ici, les expressions les plus fortes ^ ne doivent pas faire illusion. Plus tard, les faiseurs d'apocalypses poseront des bornes à la durée du règne messianique : mille ans dans l'Apocalypse de Jean, quatre cents ans dans celle d'Esdras. L'auteur de Daniel n'a pas eu ce souci. Il s'arrête à la victoire des saints, et considère l'état de l'humanité acquis à ce moment comme définitif.