Neby Samouil, à une lieue au N.-O. de Jérusalem
La piété y était intense ; on se préparait par le jeûne et la prière à un combat inégal*.
La manœuvre de Juda- fut d'un vrai capitaine et est encore admirée aujourd'hui des hommes de guerre. Quand il apprit que l'armée syrienne était arrivée à Emmaûs^ à l'entrée des défilés qui conduisent au plateau de Jérusalem, il porta luimême son armée à proximité de l'ennemi, vers le Sud. Les Juifs se montraient effrayés de la multitude qu'ils avaient à combattre. Juda renvoya chez eux les nouveaux mariés* et ceux qui avaient acquis récemment des propriétés, craignant qu'ils ne montrassent dans l'action quelque mollesse; puis il annonça que, le lendemain matin, au point du jour, on marcherait à l'ennemi.
Nicanor fut informé de tout cela par ses espions. II pensa pouvoir enlever le camp juif par une sur-
1. Les histoires juives ont sans doute exagéré la force de rarméc syrienne. Devant le déploiement complet des forces syriennes, Juda Macchabée est toujours vaincu (Voir ci-après, p. 374 et 385).
2. I Macch., IV, 1-25; II Macch., viii, 12 et suiv.; Jos., Ant.y XII, VII, 3-4.
3. Il s'agit à'Emmuùs :=Amwas (distincte de l'Emmaûs évangélique), qui fut, à partir de 223 après J.-C, appelée Nicopolis, en souvenir de la victoire de Juda Macchabée (Chron. pasch., année 223; saint Jérôme, Onomast.; Jules Africain).
h. Loi du l)ent''ronome (x\, 7).
prise de nuit. Gorgias fut chargé d'exécuter ce coup hardi. Juda, qui en fut informé, fit prendre un repas à ses hommes; puis il ordonna d'allumer de grands feux, décampa dans le plus profond silence, et se jeta dans la montagne, en se rapprochant par des détours du corps principal de l'armée syrienne.
Gorgias tomba sur le camp juif, qu'il trouva évacué. Croyant que les Juifs s'étaient enfuis dans la montagne, il s'y jeta de son côté pour les poursuivre. Mais Juda, qui connaissait le pays, arriva, dès l'aube, en vue du camp syrien. Les trompettes sonnèrent la charge ; les Juifs se précipitèrent avec furie ; malgré leur petit nombre, profilant de l'étonnement des ennemis, ils remportèrent en quelques heures une complète victoire. Tout était fini, et le camp syrien était en flammes, quand survint Gorgias, qui avait battu la campagne sans trouver personne devant lui. Pris de terreur et de découragement, ses soldats se dispersèrent. Le butin fut énorme.
La conséquence de la victoire d'Emmaûs (printemps de 165) semblait être la reprise de Jérusalem, qui devait tenir si fort à cœur au héros juif. Mais Juda sentait que la guerre de campagne n'était pas finie. Lysias, en effet, n'était pas
loin *, el accourait en personne pour venger réchec de ses lieutenants (automne de 165^). Il fut complètement battu à Bethsour, près d'Hébron, puis revint k Antioche, pour préparer une revanche qui ne devait jamais venir.
Rien ne s'opposait plus à ce que Juda Macchabée rentrât dans Jérusalem et enchâssât l'abomination de la désolation ^ La position d'Akra était si forte qu'il ne songea pas sérieusement à en déloger les Syriens. Mais, séparées par une vallée, les deux collines de Jérusalem étaient assez indépendantes l'une de l'autre pour qu'une garnison placée sur l'une des acropoles ne gênât pas beaucoup les services religieux qui se pratiquaient sur l'autre. Les murs ayant été détruits par ordre d'Antiochus, Juda put pénétrer sans coup férir dans la ville et la cour du temple. Les renégats allèrent se mettre sous la protection des Syriens dans Akra.
Le spectacle qu'offrait l'enceinte du temple
1. I Macch., IV, 29. Tout cela se comprend peu s'il venait d'Antioche. Qu'on lise 'I^'ouu.xtav (Fritzsche) ou l'ancienne leçon 'lou^'aîav (cf. Joscphe), on ne conçoit pas que, s'il y eût eu un long intervalle entre la bataille d'Emmaùs et l'arrivée de Lysias en Judée, Juda Macchabée n'eût pas pris plus tôt Jérusalem. On ne peut, du reste, s'empêcher d'avoir quelque doute sur cette bataille de Lysias.
2. I Macch., IV, 26-35; 11 Macch., XI, 1-15; Jos.,iwL, XII, vii,5. :î. I Macch., IV, 3G-50; Il Macch., \, 1-8.
devait être hideux pour un Juif. Tout présentait Taspect de l'impureté et de Tabandon; les constructions étaient délabrées, les broussailles croissaient de tous les côtés. On ne tarda pas d'une heure à faire disparaître tant d'horreurs. Les troupes de Juda tenaient la garnison d'Akra en échec pour l'empêcher de troubler ce qui se faisait de l'autre côté de la ville. La statue de Jupiter Olympien et l'autel qui la soutenait furent brisés ; on jeta ces pierres maudites dans un lieu impur. Quant à l'ancien autel, qui était bien l'autel de lahvé, mais qui avait servi à d'abominables sacrifices, on en déposa les pierres dans un certain endroit, en attendant qu'il apparût un prophète qui déciderait ce qu'il en fallait faire ^ On choisit des prêtres parfaits selon les règles lévitiques ; on les chargea de toute la besogne. On rétablit les choses telles qu'elles étaient trois ans auparavant. Les vases sacrés, le chandelier, l'autel des parfums, la table des pains, les rideaux furent refaits à neuf. Le 25 de kislev de l'an 165, trois ans jour pour jour après la grande profanation-, on fit le matin
i. I Macch., IV, 43-46. Cf. Mischna, Mùhloth, i, 6; Derenbourg, Palest.y p. GO-61.
2. I Macch.,. IV, 5-2. Cf. MegUlath Taanith, §23. Cf. Derenbourg, p. 62.
un sacrifice solennel sur le nouvel autel des holocaustes. La façade du temple était ornée de couronnes d'or et d'écussons. La cérémonie fut accompagnée de cantiques S chantés au son des lyres, des harpes et des cymbales. Le Psaume lakoum êlohiin' fut relevé, rajeuni, complété pour la deuxième ou troisième fois. La piété populaire était portée à son comble. La fête dura huit jours. Il fut établi, par décret de la communauté, qu'on la célébrerait à perpétuité, en souvenir éternel de ce grand jour^ Le rite fut à peu près celui de la fête des tabernacles*. La fête des tabernacles rappelait le séjour au désert; la nouvelle fête des tabernacles rappellerait, disait-on, un temps où Israël fidèle avait vécu dans les montagnes et les cavernes, menant l'existence des bêtes. On portait des thyrses, des branches d'arbres, des rameaux de palmiers ; on chantait des hymnes ; plus tard on y ajouta des lampes que l'on promenait, des illuminations\
1. Le Ps. XXX porte dans son titre ri''2n DDjn T'^. Gela veut dire qu'on le chante à la fête de la Hanouka. Cf. So/erm,xviii, 2.