I Macch., IX, 68 et suiv
^. NnDiy (Voir Fritzsche, Handb., I Macch., p. iU). 5. Siie incertain. Josèphe substitue Beth-Hogla.
petite place son frère Simon et sortit avec quelques hommes déterminés. Il battit Odomira et les Beni-Phasiron dans leurs campements, raccola pas mal de monde, revint en force. Simon alors fit une sortie, brûla les machines. Les deux frères, ayant fait leur jonction, attaquèrent Bacchide et eurent Tavantage. Bacchide eut un tel désappointement qu'il tourna sa mauvaise humeur contre ceux qui l'avaient engagé dans cette mauvaise campagne, et en fit, dit-on, mettre plusieurs à mort.
Ces histoires nous sont racontées d'une manière si partielle et si partiale que l'on ne peut savoir avec certitude ce qui se passa par derrière. Toujours est-il que l'affaire qui avait commencé par la bataille finit par la réconciliation. Jonathan envoya à Jérusalem des chargés de pouvoir, qui négocièrent r^/m«>z. On accorda au rebelle l'amnistie complète, la promesse de n'être recherché pour aucun acte de sa vie passée ou future. Tous les prisonniers juifs que Bacchide détenait furent rendus. Ce qu'il y a de plus singulier, mais ce qui n'est pas contraire aux mœurs de l'Orient, c'est que, de coupable poursuivi militairement, Jonathan passa sans transition au rôle de puissance officiellement reconnue. Agréé par l'autorité syrienne,
Jonathan s'établit à Mikmas, à deux lieues au nord de Jérusalem, avec tous les pouvoirs du gouvernement*. Et le premier usage qu'il en fit, conformément aux idées d'un théocrate incorrigible, fut de faire disparaître les impies d'Israël ^ ce qu'il obtint sans doute par quelques supplices qui terrorisèrent les autres et les décidèrent à quitter le pays.
En réalité, pour des raisons dont nous ignorons les principales, Bacchide se brouilla avec les hellénisants sur lesquels il s'était jusque-là appuyé. Il trouva dans la bande Jonathan justement ce qu'il cherchait, des soldats aguerris par un long séjour au désert, dans le chef un esprit d'ordre et un passé qui lui promettait la pacification du pays. Le gouvernement se réconciliant avec le rebelle qu'il a poursuivi jusque-là est un des faits les plus ordinaires de l'histoire quotidienne de l'Orient. Les haines de principes en ce pays le cèdent assez vite aux nécessités changeantes de la politique et à l'intérêt.
En 152, le peu de solidité du royaume de Syrie se démontra par une nouvelle révolution, qui augmenta d'autant la force de ceux qui voulaient se déclarer indépendants. Un intrigant nommé Bala,
i. "flpÇaTo îcpîvêiv Tov x»ov (l Macch., IX, 73).
qu'on donnait pour le fils d'Antiochus Épiphane, se fit proclamer par la garnison d'Acre. Jonathan sut habilement profiter de la guerre assez longue qui s'ensuivit pour se faire octroyer par les deux souverains des augmentations de pouvoir. Démétrius lui accorda la permission de lever des troupes et de reprendre les otages que Bacchide avait fait enfermer dans Akra. Jonathan entra dans Jérusalem, où Tautorité asmonéenne avait cessé d'exister en fait depuis dix ans, leva des troupes, se fit livrer les otages. La terreur y reparut avec lui; tout ce qui avait été opposé à la révolte dut fuir pour éviter la mort. La citadelle d'Akra et la place de Bethsour restaient seules aux Syriens. Là il y eut d'énergiques résistances. Les apostats et les hellénistes transfuges étaient renfermés dans ces épais murs et craignaient pour leur vie s'ils tombaient entre les mains de Jonathan.
Bala, de son côté, cherchait à enchérir sur son rival. Il envoya à Jonathan une lettre ou il l'appelait son frère, lui offrait son amitié, lui demandait la sienne, lui donnait le souverain pontificat, lui annonçait l'envoi d'une rabe de pourpre et d'une couronne d'or. Au reçu de la lettre, Jonathan revêtit la robe pontificale, pour officier à la fête des ta-
LES JUIFS SOUS LA DOxMINATION GRECQUE. 399
bernacles, qui allait commencer. Il ne perdit pas de temps non plus pour rassembler une armée et se faire fabriquer des armes. Le fait était accompli. Ce que n'avait pu le courage de Juda Macchabée, les divisions du royaume de Syrie le réalisèrent. Jonathan, vers la fin de 152, est à très peu de restrictions près, souverain de la Judée ^
La dignité de grand-pretre, en effet, était bien celle qui pouvait rallier toutes les dissidences du peuple juif, devenu étranger à l'idée de la royauté» La suite montra que c'était là un mal énorme. La dynastie asmonéenne périt par ce cumul contre nature du pouvoir militaire et du pouvoir sacerdotal. C'était là, d'ailleurs, un manquement formel à la Loi, qui exigeait que le grand-prêtre fut de la famille d'Aaron. Mais, au temps où nous sommes, aucune autre solution n'était possible. Depuis la mort d'Alcimus, il n'y avait pas eu de grand-prêtre. Il est douteux qu'Alcimus fût de la vieille race sadokile ; en tout cas cette race n'occupe plus le pontificat après lui ; elle est remplacée par la race fondée par l'héroïsme de Mattathiah. Le fils d'OniasIII n'avait jamais été reconnu ien Judée. Ce dernier des Sadokites eut alors une
1. 1 Macch., X, 1 et suiv. ; Jos., Ant.j XIII, i et suiv. Les titres qui lui sont donnés sont ceux de arpxTy.'yoç et fxspKJ'âpy.y.ç.
idée singulière (150 av. J.-C); ce fut de se faire concéder par le roi d*Égypte la permission de bâtir un temple semblable à celui de Jérusalem * à Léontopolis, dans le nome d'Héliopolis-, conformément à un passage d'Isaïe^ qu'il entendait h sa guise. Ce projet puéril n*eut qu'un très médiocre succès. Jérusalem était indétrônable. Le petit pastiche égyptien vécut cependant, comme tous les établissements religieux auxquels sont attachées des questions pécuniaires, jusqu'au f siècle de notre ère.
Démétrius fit à Jonathan des offres supérieures encore à celles de Bala; mais, peu après, il fut vaincu et tué. Jonathan figura fastueusement, à Acre, aux noces de Bala et de la fille de Ptolémée Philométor (printemps de 150). Ainsi le courage de Macchabée et de tant de héros juifs n'avait servi qu'à donner un comparse de plus à un monde ignoble. La vie que menait Bala en Phénicie était la chose la plus honteuse qu'on eût vue jusque-là. Puis les compétitions, les trahisons se croisent de toutes parts: on se disputait les lambeaux d*un
1. Jos., Ant., XIll, III, 1-3; B. /., I, i, 1; VII, x, 2-4, Mischna, Menahothj xiii, 10.