Néli., VIII
dant à remplacer les anciens textes discordants. La bonne foi extrême avec laquelle les scribes israélites traitèrent toujours ces vieilles écritures remporta. On garda le désordre et les contradictions. Ce n'est qu'au ii® siècle de notre ère qu'on voit poindre un classement méthodique qui se fixe dans les titres de la Mischna. Pour trouver des exposés tout à fait systématiques, il faut descendre jusqu'à Moïse Maïmonide, au moyen âge. En fait de lois, comme en fait de dogmes, Israël ne voulut jamais substituer des résumés scolastiques aux anciens textes. Il évita ainsi les inconvénients d'une autorité théologique centrale, comme fut celle de l'Église; mais les disputes casuistiques n'en devinrent que plus vives : elles furent, durant des siècles, la plaie d'Israël.
En somme, ce n'est pas la Thora qui a transformé le monde. L'école d'Esdras et celle de Rabbi Aquiba n'auraient réussi à faire qu'une secte fermée, intolérante, insociable. Ce qui a transformé le monde, ce qui a fondé la religion universelle, c'est l'idéalisme des prophètes, c'est l'affirmation d'un avenir de justice pour l'humanité, c'est l'idée d'un culte sans sacrifice, réduit aux hymnes, et aux sentiments intérieurs. Voilà la doctrine, sortie des prophètes, qui, relevée par les
esséniens, les thérapeutes et les chréLiens, a fait dans le monde la plus extraordinaire des révolutions religieuses. Le Livre de T Alliance et surtout le Décalogue, première expression écrite de ce vieil esprit prophétique, le Deutéronome, en tant qu'il est Técho de plus anciens livres, eurent dans cette révolution un rôle de premier ordre. Quant à la partie lévitique, le christianisme Tabrogea et eut raison de l'abroger. Ce code de prêtres ne reprit son importance que quand l'Église, ellemême vieillie et cléricalisée, devint, par des chutes successives, un corps lévitique assez analogue à celui pour lequel le code sacerdotal avait été fait vers la fin du yp siècle avant Jésus-Christ.
Le judaïsme, par sa séquestration à la fois volontaire et imposée, se développa surtout dans le sens du code lévitique et sacerdotal. Après la Bible, il fit le Talmud. Mais la source vive des forces d'Israël était inépuisable. Pendant que les continuateurs de l'école de labné écrivaient leurs subtilités, le christianisme, fils légitime du judaïsme, conquérait le monde ; la Bible devenait le livre universel, et, après tout, quand une nation a fait la Bible, on peut lui pardonner d'avoir fait le Talmud.
Esdras est, on le voit, .un esprit plutôt qu'un