‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 4)Chapitre 150 sur 334 · Jbid · texte numérisé non relu

Jbid

[885 av. J.-C] LES DEUX ROYAUMES. 259

mécontentement quand ils passaient devant le temple de Iahvé. Quel devait être leur sentiment en voyant, sur la terre iahvéiste par excellence, un édifice dédié à Baal !

Ce nom de Baal n'avait par lui-même rien de messéant pour la Divinité, puisqu'il signifie simplement « le Seigneur », et que des familles Israélites l'avaient admis dans leurs noms propres théophores; mais l'antithèse de Baal et de Iahvé s'accentuait chaque jour davantage. Baal devint pour les iahvéistes une sorte de mot obscène. On s'habitua, dans les noms propres, à le remplacer par le mot boset, « ignominie ». L'association du culte deBaal à celui de Iahvé, qui avait été jusquelà très fréquente, devint, aux yeux des piétistes, le pire des crimes.

Ce crime, Achab le commettait évidemment tous les jours. Ce ne fui nullement un renégat du culte de Iahvé. Comme Gédéon, comme Saùl, comme plusieurs personnes de la maison de David, il honora simultanément les deux vocables divins, ou du moins il les laissa honorer autour de lui. Samarie fut, de son temps, une ville éclectique en religion. On y put dire plus d'une fois :

J'ai mon Dieu; je le sers; vous servirez le vôtre. Ce sont deux puissants dieux

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C'est ce qu'on appelait: « boiter », ou plutôt « danser1 sur les deux jambes », être tour à tour à Iahvé et à Baal. Il y avait des prophètes par Baal et Astarté, comme il y avait des prophètes par Iahvé; peut-être les mêmes prophètes prophétisaient-ils tour à tour par Baal et par Iahvé a. Une anecdote du temps, bien que dénuée de valeur historique, fait parfaitement comprendre ce singulier état religieux. Un certain Naaman 3, premier ministre du roi de Damas, est amené, par des raisons bonnes ou mauvaises, à cette conclusion qu'il n'y a de vrai dieu sur la terre qu'en Israël; ce qui le conduit à l'idée bizarre de prendre la charge de deux mulets de terre Israélite pour la transporter à Damas, vu que désormais il ne veut plus faire ni sacrifice, ni holocauste à d'autre dieu que Iahvé. Il se convertit donc au iahvéisme, avec une réserve cependant : c'est que Iahvé lui pardonnera, si, pour accomplir les devoirs de sa fonction, il accompagne son maître au temple de Rimmon, et y fait avec lui les prostrations d'usage. Cette cote mal taillée est acceptée. On admettait dès lors une catégorie religieuse qui, plus tard, jouera un rôle

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