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II Rois, x

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ces princes, de leurs alliances étrangères, de leur peu d'égards et même, disait-on, de leurs violences envers les hommes de Dieu. On se rappela l'histoire de ce Naboth dont Achab avait exproprié la vigne, pour agrandir sa résidence de Jezraël, et que Jézabel avait, dit-on, fait périr par son astuce. On rapprocha les lieux, on crut que le corps de Joram avait été jeté sur le champ de ce Naboth. On cita des paroles des prophètes et en particulier d'Élie, annonçant que l'on verrait Achab, Jézabel et toute leur race périr misérablement, que les chiens lécheraient leur sang, se disputeraient les lambeaux de leur chair. Les prophètes étaient victorieux sur toute la ligne. Iahvé triomphait avec eux.

Ces révolutions terribles de Jezraël et de Samarie purent se passer assez rapidement pour qu'on n'en ait été informé à Jérusalem qu'après leur accomplissement. A la nouvelle simultanée de la mort de son fils, de son neveu et de presque tous les princes des deux familles royales, Athalie fit comme Jézabel. Elle s'arma d'esprit royal, et fit face au danger avec une audace extraordinaire. Mais, en se parant de faux cheveux et se peignant les yeux avec le kohol, Jézabel savait qu'elle allait h la mort. La situation d' Athalie à Jérusalem était

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loin d'être aussi désespérée. En partant pour l'expédition de Ramoth-Galaad, Ochozias lui avait laissé la régence; le pouvoir était entre ses mains quand les funestes nouvelles arrivèrent.

Les princes frères d'Ochozias avaient été tués par Jéhu. Il restait néanmoins de la race de David (sans parler de collatéraux éloignés, rentrés dans la vie privée) quelques enfants d'Ochozias trop jeunes pour régner. L'idée d'une royauté féminine était tout à fait en dehors de l'esprit israélite. Le peuple de Juda avait, d'ailleurs, un tel attachement pour la famille de David, qu'il dut s'attacher avec obstination aux enfants en qui le droit légitime vivait encore. Athalie fut reconnue pour régente, pendant la minorité des princes ses petitsfils. C'était une femme d'une vraie capacité, qui avait exercé une grande partie du pouvoir sous Joram et sous Ochozias. Elle régna, pendant sept ans, à Jérusalem. Le pays lui fut évidemment favorable1. Loin de détester la famille d'Omri, les Hiérosolymites étaient habitués depuis longtemps à la considérer comme l'alliée fidèle de la maison de David.

Les difficultés du gouvernement d'Athalie vin-

1. Ce qui concerne Mathan et le temple de Baal à Jérusalem, paraît une fable. II Rois, xi, 18.

il. 21

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rent des femmes de la famille royale et surtout de Joséba, fille du roi Joram et sœur d'Ochozias. Athalie eût été un miracle en son temps si elle n'eût fait servir le crime à ses fins politiques. Les jeunes princes, grandissant, étaient une menace journalière pour ce pouvoir auquel elle ne pouvait plus renoncer. Elle l'exerçait en réalité depuis douze ans; elle avait de quarante a quarante-deux ans. Une abdication à cet âge eût été pour elle un supplice, et, vu les haines qu'elle avait amassées contre elle, un trop certain arrêt de mort. On parla d'assassinat de quelques-uns des jeunes princes; on prétendait qu'Ath.alie faisait successivement disparaître ceux qui approchaient de leur majorité. On se racontait avec horreur une grande scène de meurtre qui aurait eu lieu dans la t chambre des lits », sorte de nursery du palais. On arrivait parfois à se demander s'il restait encore des fils d'Ochozias. Les massacres de Jéhu avaient habitué l'imagination populaire à rêver partout des scènes analogues. L'opinion était inquiète et prête à accueillir tous les bruits mystérieux.

Or, un jour, Joséba, d'accord peut-être avec Joïada, le chef des prêtres qui demeuraient dans les appentis du temple, démasqua une intrigue savamment préparée. Elle annonça qu'elle avait sauvé de

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la mort un enfant nommé Joas, que son frère Ochozias avait eu d'une Bersabéenne nommée Cibia, et qu'elle l'avait caché dans les logements qui entouraient le temple. Joïada, le commandant des gardes1, assembla les capitaines des Carim et des racim dans le temple, et, après les avoir engagés par les serments les plus terribles, il leur montra l'enfant qui représentait la race de David. Les capitaines le reconnurent. Joïada le militaire convint alors avec eux d'une habile manœuvre, qui devait les faire trouver massés au temple, en sortant du palais, sans exciter les soupçons d'Athalie. La garde descendante n'avait pas coutume d'emporter ses armes; on y suppléa au moyen des armes votives du temple. Au moment solennel, on dévoila la scène préparée. Le petit roi apparut au

1. Au verset 4 du chapitre xi, Joïada n'est pas prêtre ; il agit en commandant des gardes. Un prêtre n'eût pas eu le droit de convoquer l'armée et de donner des ordres, comme si Athalie n'eût pas eu de sar-saba. A partir du verset 9, Joïada est prêtre. On sent ici la duplicité de source. Dans un premier récit, Joïada était le chef des Carim; dans un autre récit, on trouva commode de le faire prêtre. Cette transformation était d'autant plus facile que, dans la suite de l'histoire de Joas, on trouvait un Joïada hac-cohen (xn, 8 et suiv., partie bien plus historique). La prétendue ingratitude de Joas envers son sauveur disparaît ainsi. Il est remarquable que le nom de Joïada ne figure pas dans la liste des grands prêtres du livre des Chroniques (I Chron., v, 30 et suiv.). Le Joïada de Jérémie, xxix, 26, n'a rien à faire ici.

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peuple entre l'autel des sacrifices et le temple, la couronne en tête. On le proclama, on l'oignit, on battit des mains; on cria « Vive le roi! » et les trompettes sonnèrent1.

Athalie accourut au bruit en criant : « Trahison! trahison! » Tout le monde s'écarta d'elle. On la frappa de l'épée, sous la porte du passage couvert par lequel on introduisait les chevaux dans le palais. On mena ensuite le petit roi au palais et on l'intronisa. La populace, toujours favorable aux coups d'État où on la convie à prendre part, témoigna beaucoup de joie.

1. Le récit de la conspiration qui renversa Athalie, tel qu'on le lit au chapitre xi du IIe livre des Rois, est plein d'anachronismes. Il a sûrement été écrit ou du moins amené à sa forme actuelle après la captivité. Ce qui est dit de la Thora et du pacte (versets 12, 17) est sûrement postérieur au Deutéronome (Deut., xvn, 18 et suiv.). L'organisation du temple, avec un grand prêtre et un personnel nombreux, nous reporte aux temps du triomphe de Josué fils de Josadaq sur Zorobabel. Les réunions au temple et la cérémonie religieuse qui aurait eu lieu le jour du sabbat (v. 49) sont des prolepses évidentes. Les armes de David (v. 10) prêtent également à l'objection. Toute cette histoire, dans le livre des Rois, est combinée en vue de montrer la conservation miraculeuse de la maison de David par les prêtres et par le temple. — Le livre des Chroniques donna au récit une couleur encore plus cléricale. On maria Joïada et Joséba, devenue Josabeth. Tout le coup d'État fut l'œuvre des lévites ; le temple fut conçu sur le modèle de ce qu'il devint à l'époque de la plus pure théocratie.

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Ainsi, à quelques années de distance, le iahvéisme remportait deux victoires décisives. À Jérusalem, la force du sentiment légitimiste rétablissait l'ancienne dynastie, devenue sainte. En Israël, le prophétisme renversait une dynastie qu'il jugeait lui être ennemie. Le sort en est jeté. Le parti profane de la civilisation et du progrès, déjà vaincu après la mort de Salomon, l'est de nouveau par l'anéantissement de la maison d'Achab. Un peuple ne joue jamais deux rôles à la fois. Dès 850 ou 860, il est écrit qu'Israël ne sera pas un peuple comme un autre. La royauté est vaincue. Ce peuple sera médiocre dans l'ordre temporel; mais, dans l'ordre religieux, il sera sans pareil. L'avenir ici n'est pas aux rois sages, aux politiques sensés; il est aux visionnaires, aux utopistes, aux démocrates inspirés, commandant les révolutions, faisant et défaisant les dynasties.

La haine, la barbarie souillent trop profondément ce terrible prophétismedu temps des Omrides, pour qu'on ne répugne pas, au premier abord, à placer parmi les précurseurs de Jésus des espèces d'enragés, que l'agadiste a cru relever en leur prêtant des actes abominables de vengeance et de cruauté. Dans la lutte de ces énergumènes avec la royauté, c'est en général la royauté qui a raison. Leurs con-

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seils sont toujours les plus implacables et les moins pratiques. Pas de quartier pour l'ennemi; pas d'alliance avec les goïm1; droit de la guerre poussé à ses conséquences les plus féroces. Tuer tout sans miséricorde, leur paraît l'idéal dû guerrier de Iahvé2. Épargner le vaincu, obéir à un sentiment d'humanité est le dernier des crimes. En lisant ces hideuses histoires, on est souvent amené à se dire : <a Heureusement, ce n'est pas vrai; » ces récits ont été rédigés tardivement par des frénétiques qui ont cru faire honneur à leurs ancêtres en leur prêtant des atrocités.

Un texte de législation idéale à peu près contemporain de l'école d'Élie, et peut-être provoqué par cette école, prononce le hérem, c'est-à-dire l'excommunication entraînant la peine de mort, contre l'Israélite qui sacrifie à un autre dieu que Iahvé 3. Presque toutes les républiques antiques, fondées sur la famille et sur des sacra nationaux, eurent de ces anathèmes. Celui qui n'admettait pas le culte de la cité dont il faisait partie s'excluait par là

i. L'emploi de ce mot, qui veut dire « les nations », avec la nuance de « païens », remonte au prophétisme du IXe siècle.

2. 1 Rois, xx, 3543. Comparez, dans l'histoire de Saùl, l'épisode d'Agag, tiré des même sources.

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