I Rois, xix, 16, source agadique
2. Si ailleurs le fait est attribué à Élie, c'est que la biographie d'Élie n'est souvent qu'un décalque de celle d'Elisée. Il n'est même pas impossible que ces deux biographies légendaires n'en aient d'abord fait qu'une, dont le héros, dans certaines rédactions, s'appelait Éliah et dans d'autres Élisa. En tout cas, les deux récits, I Rois, xix, 16 et II Rois, ix, 2, ne viennent pas de la môme source.
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d'un militaire déloyal, voulant se défaire de son maître pour régner à sa place, Jéliu se fût arrêté après l'heureux coup de flèche qui lui assurait le trône d'Israël. Ce qui montre bien que la haine des prophètes contre la maison d'Àchab se cachait derrière l'ambition de Jéhu, c'est que celui-ci, qui pourtant ne pouvait aspirer à la royauté de Jérusalem, voulut à tout prix tuer Ochozias. Après la mort de son cousin, près de Jezraël, Ochozias s'enfuit vers le Garmel. Il fut blessé sur la hauteur de Gour, qui est du côté de Ibleam, et mourut à Megiddo. On amena son corps dans son char à Jérusalem, et on l'ensevelit dans la sépulture ordinaire des rois de Juda.
Jéhu, après l'assassinat des deux rois, entra dans Jezraël. Jézabel, qui savait la mort de son fils, fut héroïque de fierté. Elle se fit mettre du fard aux yeux, se para la tête et se mit ainsi à une des fenêtres du palais. Quand Jéhu entra monté sur son char dans la cour, elle lui cria : c Gomment se porte Zimri, l'assassin de son maître? » Jéhu regarda aux fenêtres, en criant : « Qui est pour moi ? Qui ? i Ses yeux se rencontrèrent d'une façon significative avec ceux de deux ou trois eunuques qui étaient près de leur maîtresse. Il leur cria : « Jetez-la en bas. » Ce fut vite fait; le sang jaillit
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contre les murs et sur l'équipage. Jéhu fit piétiner la vieille reine par les chevaux de son char.
Jéhu entra dans le palais, mangea et but. Puis il dit : <k Occupez-vous de cette maudite, et donnezlui la sépulture; car elle est fille de roi. » On alla chercher le cadavre; mais on ne trouva que le crâne, les pieds et les paumes des mains. Le reste avait été réduit en fumier par les chevaux.
Jéhu se préoccupait naturellement des survivants nombreux de la famille d'Aehab qui étaient a Samarie. Entre fils et petits-fils, cela faisait soixantedix personnes. Il écrivit aux principaux de la ville une lettre hypocrite : «... Or donc, quand cette lettre vous parviendra, puisque vous avez entre les mains les fils de votre maître et ses chars et ses chevaux, une ville fortifiée et l'arsenal, choisissez parmi les fils de votre maître le meilleur et le plus convenable, et mettez-le sur le trône de son père, et puis battez-vous pour la maison de votre maître. » La cruauté sournoise qui faisait le caractère de Jéhu donnait à cette lettre un accent terrible. Le préfet du palais, le préfet de la ville, les anciens et les omenim ou pédagogues des jeunes princes envoyèrent faire leur soumission. Jéhu leur écrivit une seconde lettre: « Si vraiment vous êtes pour moi et que vous vouliez être mes sujets, prenez les
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têtes des fils de votre maître, et venez me voir à Jezraël demain à pareille heure1. » Les soixante-dix jeunes princes étaient chez les notables de la ville, qui les élevaient. Chacun de ces estimables bourgeois prit son pensionnaire royal et lui coupa la tête. Puis on mit les têtes dans des paniers, et on les envoya à Jezraël. Jéhu donna ordre de les ranger sur deux piies à l'entrée du palais. Le lendemain matin, il sortit, prit place à la porte et dit au peuple : « Vous êtes justes. C'est vrai, j'ai conspiré contre mon maître, et je l'ai tué. Mais tous ceux-ci, qui les a tués? Reconnaissez donc que pas une parole delahvé ne tombe à terre... » Quand on est persuadé que le malheureux est nécessairement un disgracié de Dieu, le fait accompli est toujours facile à légitimer.
De Jezraël, Jéhu se rendit à Samarie, qui, malgré l'importance acquise par Jezraël, restait la capitale du royaume. A l'endroit du chemin qui s'appelait Équcd Itu-rdlm, il rencontra une troupe de frères d'Ochozias de Juda, qui venaient de Jérusalem à Jezraël voir les princes de leur
1. Ce récit n'a rien que de conforme aux mœurs du temps et de l'Orient. Ce qui peut faire douter de l'exactitude des détails, c'est que, plus bas, x, 17, les massacres de princes ont lieu après l'entrée de Jéhu à Samarie.
318 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [860 av. J.-C]
famille. Ils ignoraient les sanglantes catastrophes qui s'étaient passées. Jéhu fit saisir la bande entière composée de quarante-deux personnes. Tous furent égorgés et jetés dans une citerne à Équed ha-roïm.
Une rencontre plus singulière qu'il fit, dit-on, à ce moment, fut celle de Jonadab, fils de Rékab, qui venait au-devant de lui l. Jéhu le salua etlui dit : <c Ton cœur est-il d'accord avec le mien, comme le mien l'est avec le tien? — Oui, répondit Jonadab. — Eh bien, si cela est, donne-moi ta main. » Et il la lui donna, et Jéhu le fît monter sur son char et lui dit : ce Viens avec moi, et tu verras mon zèle pour Iahvé. » Et il l'emmena sur son char. Et, étant arrivé à Samarie, Jéhu fit mourir ce qui restait de la famille d'Achab, jusqu'à ce qu'il eût tout exterminé, <a selon la parole de Iahvé dite à Élie ». Les Rékabites, en effet, paraissent avoir été en rapports directs avec l'école d'Ëlie.
Ainsi, fort de l'appui de tous les piétistes, Jéhu, dont les sentiments personnels restent dans l'ombre, procéda à de terribles épurations. Le narrateur théocrate, selon lequel ces massacres sont hautement louables et valent à Jéhu la plus
i. Voir ci-dessus, p. 289-290.
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enviée des récompenses, celle de faire dynastie1, les a sûrement exagérés, croyant par là relever son héros. Il paraît bien cependant que Jéhu porta en tout ceci la perfidie cruelle qui fait de lui, dans l'histoire, un des précurseurs de Philippe IL Selon le récit qui nous est parvenu, il convoqua une grande panégyre pour une fête à Baal, et, quand les adorateurs et prêtres de ce Dieu furent réunis dans les cours du temple à Samarie, il fit tout massacrer par les soldats de sa garde. Puis la troupe envahit le temple de Baal, en tira les cippes sacrés, les masséboth en bois, et les brûla. Le temple fut démoli et converti en latrines publiques2. Jonadab fils de Rékab assista, dit-on, à toutes ces violences, à côté de Jéhu 3.
Dans le vieux iahvéisme grossier, le vaincu a toujours tort, la défaite est toujours un châtiment de Iahvé. A partir de ces sanglantes catastrophes, on trouva que tout ce qui était arrivé à la maison d'Achab était juste et avait été prédit par les prophètes. C'était la punition des goûts profanes de