Se rappeler l'épisode de Nabolh. 1 Rois, xxi
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de Jacob, et réciproquement. L'histoire d'Ismaël se racontait de trois ou quatre manières. Les récits sur Moïse différaient du tout au tout. Les lois qu'on lui attribuait n'avaient rien de fixe. Il n'y avait d'à peu près uniforme que le récit du déluge. Le canevas de ce récit continuait d'être, trait pour trait, celui que les Hébreux primitifs avaient apporté de Mésopotamie et qu'on a retrouvé de nos jours sur les briques d'un des palais de Ninive1.
On ignorera toujours les conditions dans lesquelles fut composée cette histoire sainte et nationale à la fois. La seule chose qu'on puisse affirmer est qu'elle fut rédigée de deux côtés, sans que les deux rédacteurs aient eu connaissance du travail l'un de l'autre; à peu près comme la masse des traditions de casuistique juive, douze cents ans plus
1. Les prophètes du commencement du vme siècle, dont nous possédons des écrits authentiques, connaissent la vocation d'Abra: ham? les mythes de Jacob (surtout Osée, xn, 5, 13-15), la captivité en Egypte, les plaies de l'Egypte, le passage de la mer Rouge, (Osée, xn, 10; xm, 4; Zach., x, 11), les infidélités et les quarante ans du désert (Amos, II, 10; v, 25-26), Moïse (Osée, xn, il; Michée, vi, i), Balaam (Nichée, vi, 5), Baal-Peor (Osée, ix, 10), Sihon (Amos, n, 9). Les allusions sont plus nombreuses encore dans Isaïe, iv, 5; XI, 15; xxix, 22, etc. Des traditions antérieures, les anciens prophètes connaissent le déluge, les fables sur l'origine de la mer Morte, (Amos, iv, 11^ ix, 6; Osée, xi, 8; cf. Job, xxvi, 5), Nemrod (Michée, v, 5).
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tard, se fixa dans les deux Talmuds, dits de Jérusalem et de Babylone. Beaucoup d'indices semblent faire croire qu'il y eut d'autres rédactions, lesquelles furent plus tard fondues avec les deux premières en un récit suivi. Il en fut de môme pour les Évangiles, à la seule différence que les Évangiles n'arrivèrent jamais à l'unité.
Cette multiplicité de rédactions est presque une loi, toutes les fois qu'un ancien fonds de traditions orales est mis par écrit. Une telle rédaction ne se fait jamais officiellement: elle se fait d'une façon multiple, sporadique, sans entente ni unité. La haute antiquité n'avait pas l'idée de l'identité du livre ; chacun voulait que son exemplaire fût complet; il y faisait toutes les additions nécessaires pour le tenir au courant. Il n'y avait pas deux exemplaires semblables, et le nombre des exemplaires était extrêmement réduit. A cette époque, on ne recopiait pas un livre, on le refaisait. Quand on voulait rendre la vie à un vieux texte, on le rajeunissait en le combinant avec d'autres documents. La lecture privée n'existait pas. Tout livre était composé avec une objectivité absolue, sans titre, sans nom d'auteur, incessamment transformé, recevant des additions, des scholies sans fin. Le livre, s'il est permis de prendre une comparaison à la science des êtres
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vivants, était alors un mollusque, non un vertébré. Gela frappe d'une certaine stérilité les recherches qui ont la prétention d'arriver, dans ees matières, à une précision rigoureusement analytique; les grandes masses seules se distinguent; mais les lois générales peuvent être entrevues quand le détail échappe. A travers mille incertitudes, l'historien arrive à entrevoir la manière dont s'accomplit la mise par écrit de ces antiques documents qui, par un sort étrange, sont devenus, aux yeux de la foi, le livre même de l'origine de l'univers.