RÉDACTION DU NORD, DITE JÉHOVISTE
La rédaction du Nord fut sûrement la première en date et la plus originale. Le royaume du Nord avait, dans cette œuvre de rédaction, un très grand avantage; c'est qu'il possédait déjà un canevas excellent, ce livre des Légendes, où l'histoire patriarcale étaitracontée de la manière la plus exquise. Le nouveau rédacteur ' prit pour base et pour
1. Pour nous conformer à l'usage, nous l'appellerons le jéhoviste ; c'est le document C des Allemands. Que Je document jéhoviste ait été écrit dans le Nord, c'est ce qui résulte, et du caractère général du livre, et d'une foule de particularités où l'on voit des préoccupations éphraïmites bien plutôt que hiérosolymites (Reuss, la Bible, I, p. 198-199 ; contre Dillmann). Juda y est déprimé (Gen., xxxviii), bien qu'il ait un bon rôle dans l'histoire de Joseph (Gen., xxxvn, 26 et suiv. ; xliii, 3 et suiv. ; xnv, 16 et suiv. ; xlvi, 28). Noter les efforts pour exalter Béthel. Hébron (Gen., xm, 18; xvm, 1 ; XXXVII, 14) était, en quelque sorte, une ville commune à tout Israël. Les souvenirs de Gérare
310 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [850 av. J.-C]
modèle cet écrit capital; il se contenta très souvent de le copier; mais il y ajouta des parties essentielles, surtout en ce qui concernait les commencements de l'humanité. Il combina avec le vieux récit des traditions dont plusieurs étaient écloses récemment. Il adoucit beaucoup de passages dont la crudité était devenue choquante, expliqua à sa manière certains endroits qu'il ne comprenait pas1, supprima des noms propres qu'il jugea inutiles à l'eurythmie de sa narration2. L'histoire de la conquête de Ghanaan fut racontée en partie d'après le livre des Guerres de lahvé, en partie d'après un système légendaire où la conquête et le partage systématique des terres étaient attribués à Josué. Enfin, à propos de Moïse, l'auteur plaça dans son récit un « Livre de l'Alliance », contenant le pacte original de lahvé avec son peuple, lors de l'apparition du Sinaï.
Ge que le rédacteur jéhoviste eut surtout de personnel, ce qui le distingua essentiellement de ses devanciers, qui ne paraissent pas s'être beaucoup plus souciés que les aèdes homériques d'expliquer le monde et Dieu, ce fut une profonde philosophie,
et de Beër-Séba (eomp. Amos, v, 5; VIII, 14) étaient déjà consacrés par les Légendes patriarcales. Voy. ci-dessus, p. 214-215.