Nombres, i et suiv
394 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [830 av. J.-C.J
apparente que réelle, dans les dates et les chiffres. La conquête de Josué, racontée d'une façon toute convenue, venait démontrer la réalité des promesses faites aux pères et prouver que Iahvé avait observé le pacte, si bien que le peuple n'avait qu'à le garder de son côté. L'auteur écrit surtout en vue d'inculquer des préceptes, des règles, des usages religieux. Le livre était loin encore d'être un code; c'était une histoire destinée à montrer la raison historique de certaines lois et à les fonder sur la plus haute autorité. Ainsi le sabbat résultait de la création; l'horreur du sang était proclamée au déluge; la circoncision, dont il n'est pas question dans le Livre de l'Alliance, était liée au pacte même de Dieu et d'Abraham; la Pâque était réglée à propos de la sortie d'Egypte.
La similitude de plan des deux Histoires saintes synoptiques venait de la similitude des traditions orales et d'un type d'enseignement qui existait depuis longtemps dans les deux parties d'Israël Tous les Évangiles, de même, se ressemblaient pour le plan; car ils émanaient tous d'un même enseignement oral. Mais cette identité de plan n'empêchait pas une forte diversité dans les deux ouvrages. L'esprit poétique et libre, l'imagination qui caractérisent le récit d'Israël font complète-
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ment défaut chez l'élohiste. Rien n'y est donné au plaisir; Fauteur veut servir une cause religieuse; il cherche déjà à prouver; il aime les statistiques; il vise à une chronologie. A la netteté du géographe il joint le formalisme du juriste. Sa langue, sèche, monotone, est renfermée dans un très petit nombre de mots. Tout-indique un état intellectuel plus réfléchi, plus positif, plus dégagé des rêves mythologiques que chez le jéhoviste, une théologie plus simple, plus sévère, presque déiste. Le rôle des anges en général, de l'ange de Iahvé en particulier, est réduit à presque rien.
L'auteur paraît avoir été un prêtre du temple de Jérusalem, ayant à sa disposition les écrits qui se conservaient dans les archives depuis David. Son ouvrage, bien moins intéressant que celui d'Israël, eut aussi beaucoup moins de publicité1. Il* sortit à peine des arcanes du temple de Jérusalem. Le texte historique auquel les prophètes font fréquemment allusion est presque toujours le texte dit jéhoviste2. Il ne faut jamais oublier, d'ailleurs, que la littérature écrite n'avait pas, à cette époque reculée, l'importance qu'elle eut plus tard.
i. C'est ainsi que le Talmud de Jérusalem a été bien moins lu et commenté que celui de Babylone.