II Sam., xiii, 21, d'après le grec
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Amnon, puis se réfugia chez son grand-père maternel, ïalmaï fils d'Ammihour, roi de Gessur1. Il y resta trois ans. Absalom était un des plus beaux jeunes hommes qu'on pût voir. De la plante des pieds à la tête, son corps n'avait pas un défaut. Sa chevelure surtout était un miracle. Tous les ans, il la coupait, car elle devenait trop pesante; ainsi coupée, elle pesait deux cents sicles royaux. Au moral, c'était un tempérament colère, un homme absurde et violent. Dans son exil volontaire de Gessur, il conçut le projet de refaire pour son compte ce que son père avait fait : de prendre l'investiture royale à Hébron, comme David, de chasser ensuite ce dernier de Jérusalem, et de gouverner avec d'autres conseillers, dans le sens voulu par les mécontents du régime établi.
Une telle pensée, en effet, n'aurait pu être conçue même par une tête aussi légère que celle d'Absalom, si elle n'avait trouvé de l'appui dans les dispositions de certaines parties du peuple et surtout de quelques membres de la famille royale. David, en veillissant, s'affaiblissait2. Gomme Auguste, il devenait doux et
1. II Sam., xiii, 37. Les difficultés topographiques sur Gessur sont presque insolubles.
2. Nul doute que l'épisode de la révolte d'Absalom ne doive être placé vers la fin de la vie de David.
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humain, depuis que le crime ne lui était plus nécessaire. La longue royauté de David, d'ailleurs, provoquait de sourdes impatiences. La tribu de Juda, qui l'avait élevé au trône, était froissée des faveurs qu'il accordait aux Benjaminites, anciens partisans de Saùl. Quelque étrange que cela paraisse, Juda, qui avait été la force du pouvoir naisant de David, fut l'âme de la révolte d'Absalom. La désaffection, à Hébron et dans la tribu, était générale. Les dépenses que l'on faisait pour Jérusalem rencontraient beaucoup d'opposition, et sans doute les satellites étrangers de David provoquaient l'antipathie qui s'attache, d'ordinaire, à ces sortes de milices.
Les restes de la famille de Saùl étaient aussi une cause d'agitation. Un certain Sémeï fils de Géra, qui demeurait à Bahourim, près de Jérusalem, Meribaal lui-même, quoique comblé de bienfaits par David, n'attendaient qu'une occasion. Des parents ou des alliés de David, tels que Amasa, fils d'Abigaïl, sœur de Serouïa, qui était par conséquent cousin germain de Joab, des brouillons comme un certain Ahitofel, de Gilo, n'aspiraient qu'à des nouveautés. Absalom donnait à tous ces mécontentements disséminés un centre de ralliement. Amasa était au plus mal avec Joab. On
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disait que son père Jitra était un Ismaélite1, qui n'avait pas été régulièrement marié avec Abigaïl. Ahitofel, grand donneur de conseils, mêlé à toutes les affaires, était particulièrement dangereux.
Joab vit le danger et essaya d'amener un rapprochement entre le père et le fils. La colère du vieux roi ne pouvait être abordée de front. Joab employa une voie détournée. Une femme de Thékoa, à laquelle il avait fait la leçon, prouva au roi qu'un père se punit en punissant son fils. Absalom fut rappelé à Jérusalem; après de très longues hésitations, la réconciliation fut opérée, grâce aux instances réitérées de Joab.
Mais un esprit agité ne sait pas attendre la fatalité des choses. Absalom voulait être sur de succéder au trône, et il aspirait à y monter le plus tôt possible. Il se procura un char, des chevaux et cinquante sais qui couraient devant lui. Il se plaçait le matin sur les routes qui conduisent à Jérusalem, s'adressait aux gens qui venaient trouver le roi pour une affaire, dépréciait la justice royale et faisait entendre que, s'il gouvernait, tout irait bien mieux. Beaucoup de gens lui rendaient hommage. L'opinion répandue qu'il serait roi après
1. Ismaélite est la bonne leçon. Comp. le nom arabe Jétro. Si ce personnage eût élé israélite, il se fût appelé Jitr, Jeter.
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David lui faisait un parti de tous ceux qui voulaient se donner l'avantage d'avoir été les premiers à saluer le soleil levant.
Résolu à brusquer -les événements, Absalom feignit un vœu qu'il avait fait àlahvé, étant à Gessur, et qu'il ne pouvait accomplir qu'à Hébron; David le laissa partir. Ces vœux de personnes royales, entraînant d'énormes tueries de bêtes, étaient de grandes parties de plaisir, où l'on invitait ses amis. Deux cents Jérusalémites sortirent avec Absalpm pour participer à ses sacrifices et à ses festins. Absalom se mit alors en révolte ouverte, se fit proclamer à Hébron, et annonça qu'au signal de la trompette, il serait roi d'Israël. Ahitofel de Gilo (Gilo était un village voisin. d'IIébron) se joignit à son parti. L'affaire grossit avec une rapidité inouïe. Entre un souverain près de mourir et un héritier présomptif dont l'avènement paraît certain, l'égoïsme humain n'a pas coutume d'hésiter. Jérusalem môme ne fut bientôt plus sûre. David résolut d'en sortir et d'aller chercher un refuge au delà du Jourdain.
La sortie de la ville fut lugubre. Tout la maison du roi le suivit, excepté dix concubines, qui restèrent pour garder le palais. Les Kréti-Pléti et le corps de soldats de Gath qui s'était attaché à David lui demeurèrent fidèles. David fit remarquer à Ittaï
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le Gattite, leur chef, que des étrangers avaient moins de devoirs envers lui que ses propres sujets. Il l'engagea à rester avec « le roi ». Les mercenaires philistins voulurent suivre leur maître dans le malheur. Le défilé commença: on sortit par le nord de la ville; toute la troupe passa le Cédron en versant des larmes, et commença la montée de la colline des Oliviers1. Là se plaça, selon des récits* peut-être légendaires, une scène touchante. On vit arriver Sadok, Abiathar et la troupe des lévites portant l'arche d'alliance, ce semble, avec l'intention d'accompagner David. Les lévites déposèrent l'arche à terre, jusqu'à ce que tout le peuple fût passé. Mais David dit à Sadok : t Fais rentrer l'arche de Dieu dans la ville. Si je trouve faveur aux yeux de Iahvé, il me ramènera et me la fera revoir, ainsi que la tente où elle demeure... Retourne donc en paix à la ville, toi et ton fils Ahimaas, et Jonathan, le fils d'Abiathar, » Sadok et Abiathar obéirent et réinstallèrent l'arche dans sa tente, près du palais.
David monta, dit-on, la pente des Oliviers nupieds et la tête voilée. Tous ceux qui l'accompagnaient pleuraient en montant. A ce moment, David
\ . A peu près la route actuelle, sortant de la ville par la porte Saint-Étienne et passant par Gethsémani.
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apprit la trahison d'Ahitofel. Ce fut pour lui le coup le plus grave. Ahitofel avait la réputation d'un sage? que l'on consultait comme Iahvé lui-même4. David arriva au sommet, à l'endroit c où l'on adorait Dieu2». Là, il rencontra Housaï, homme prudent, qui se disposait à le suivre ; mais le vieux roi, fidèle à sa politique de renard, voulut qu'il rentrât dans la ville pour assister aux conseils d'Absalom et d'Ahitofel, et lui rapporter ce qui se dirait, par l'intermédiaire de Sadok et d'Abiathar.
David, alors* traversa toutes les épreuves de la mauvaise fortune, trompé par les uns, injurié par les autres. Les Saùlides avaient leurs propriétés sur le versant du mont des Oliviers, près de la route que suivaient les fugitifs. Des rancunes qui se dissimulaient depuis trente ans se crurent libres d'éclater. A Bahourim, Sémeï se mit à accabler d'injures le roi détrôné et à lui jeter des pierres. Abisaï voulait tuer cet insolent ; David montra une patience admirable. La conduite de Meribaal fut équivoque. Lorsqu'on eut un peu dépassé le sommet du mont des Oliviers, l'intendant Siba3, qui souffrait impatiemment la position subordonnée