‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 5)Chapitre 117 sur 251 · Kuenen, Hist. critique j t. I, p · texte numérisé non relu

Kuenen, Hist. critique j t. I, p

2. Reuss, Chron, «ce/., p. 27 et circa; Kuenen, op, cit., p. -467 i;l circa.

'.j. Les livres d'Esdras et Néliéraie, dans leur état actuel, doivent être considérés comme faisant suite aux deux livres des Chroniques, fort inexactement dits Paralipomènes.

liturgiques du second temple aient existé depuis le temps de David et de Salomon. En général, il transporte tout ce qui concerne le second temple au premier. Une foule de ses assertions ont pour but de donner une base aux prétentions des lévites. Tout sentiment politique et militaire lui est étranger. Israël n'a pas remporté une seule victoire; lahvé a quelquefois tué des milliers d'hommes pour lui.

L'esprit de l'auteur des Chroniques est des plus étroits, ses procédés intellectuels sont des plus mesquins. Jamais on ne poussa plus loin Tétourderie, l'inattention dans l'emploi des sources. Aucun écrivain n'a répandu plus d'erreurs dans le monde que ce misérable compilateur. Il lisait mal, et, du reste, les manuscrits qu'il avait sous les yeux étaient très défectueux. On ne saurait imaginer un plus pauvre philologue, un plus pauvre critique, un paléographe moins habile ^ Souvent, d'ailleurs, ses fautes sont volontaires; ce sont des changements introduits de propos déhbéré, pour servir le zèle religieux et l'amour-propre national. Plusieurs récits sont de son invention et sentent le fanaticus, l'habitué d'un temple. Il est surtout

i. Voir Kuenen, op. cit„ t. !•', p. 457495.

LA JUDÉE SOUS LA DOl«. NATION PERSE. 175

impitoyable pour ceux qui toaclient aux droits des lévites*. On est foudroyé, frappa» de la lèpre pour avoir usurpé leurs fonctions. L'inauguration du temple se fait par un miracle ; les offrandes sont consumées parla foudre ; remplacement du temple est également désigné par le feu du ciel.

La crédulité, le penchant à l'exagération dépassent, chez notre auteur, toutes les bornes. Le caractère de David est entièrement transformé. Ce n'est plus le chef rusé, le condottiere hardi, le souverain habile; c'est un roi édifiant, uniquement occupé de prêtres, de lévites, de chantres. La couleur ecclésiastique de l'épisode de Joas a, de même, été créée par l'auleur des Chroniques. Ce sont les lévites qui restaurent l'héritier de David et font sa légitimité. Le chant des lévites fait remporter des victoires*. Les prophètes se distinguent à peine des prêtres. L'ancienne historiographie juive, telle que nous l'avons dans ses derniers remaniements, est l'œuvre de l'école prophétique; les Chroniques sont une œuvre exclusivement lévitique. Le culte en est l'objel principal. C'est l'histoire écrite par un sacristain

Ces produits de la décadence littéraire d'Israa»

i Kuenen, op. ciL^ t. I", p 488 et suiv. 2. lIGhron , xx, 19, 21.

sont tous frappés d'un complet caractère d'épuisement. L'hébreu a dit son dernier mot, quand la Grèce fait ses chefs-d'œuvre. Le style est perdu; Taraméen, si plat, si long dans ses tours, fait invasion. La littérature des Psaumes, seule, se continuait avec succès. Le rythme était pris. Toujours on entendait résonner ce timbre charmant de l'antique parallélisme, et toujours le vieux cinnor donnait des sons harmonieux. Rien n'était plus facile, du reste, que de faire un psaume à cette époque. L'air était plein en quelque sorte de sonorités rythmiques; on n'avait qu'à assembler à volonté les jolis distiques qui appartenaient à toutle monde. De là ces innombrables répétitions du livre des Psaumes, ces morceaux qui ne sont que des décalques les uns des autres. On dirait les membres d'une même école lyrique diversement assemblés. Le culte devenait de plus en plus solennel et pompeux. « Louer lahvé » semblait le premier devoir, le but de la vie. Une foule de petits poèmes kiudatifs, accompagnés de musique, naissaient chaque jour. Les mots hodou, hallelou lah, formaient la base de ces compositions lévitiques, qui ne demandaient pas à leurs auteurs beaucoup de frais. Le Psautier émergeait comme une troisième Bible, la plus belle, la plus touchante, la plus har-

monieuse, à côté de la Thora et des Prophètes. Mais ce recueil, qui a été comme la nourriture première dont vécut le christianisme en son œuf, n'avait encore aucune unité. On chantait ces cantiques; on les écrivait peu; on ne les lisait guère, on ne les citait jamais. Ce n'était pas lahvé qui parlait, c'était l'homme qui, en ces touchantes élégies, exprimait ses angoisses, ses espérances, ses joies. On n'attribuait alors l'inspiration qu'à ce que le texte accusait nettement comme dit par lahvé. Ce qui fait pour nous le charme et Texcellence de ce livre était justement ce qui en rendait la formation lente et la canonisation tardive. La grosse voix de lahvé qui s'entendait dans les Prophètes et la Thora s'imposait davantage. On n'avait d'oreilles que pour ces oracles impérieux et durs.

Il y avait déjà sans doute des recueils de Psaumes; mais sûrement le recueil de cent cinquante pièces que nous avons n'était pas clos encore. Il naissait tous les jours des hymnes nouveaux, longtemps chantés avant d'être écrits. Les recueils étaient multiples. La base des cinq livres dont se compose maintenant la collection totale était sans doute déjîi posée, bien que l'unité, le caractère propre d'aucun de ces cinq livres ne se

laisse apercevoir.

Page 1