Voir ci-dessus, p
2. Tiùxo; fut pris par les juifs alexandrins comme équivalent de nb^D. Mosaïque de Hammam-Lif (Acad. <i<fw Jiiscr., comptes rendm, 1883« p. 19-2Û>.
de Tanliquité. Une traduction visant à rendre la nuance vraie de la pensée de Toriginal n'était pas de ce temps. Il eût fallu pour cela comprendre à fond Toriginal ; or une telle intelligence était alors impossible. Les plus habiles soferim étaient devant les anciens écrits hébreux comme les itiobeds parsis étaient devant leurs livres sacrés quand Anquetil les vit pour la première fois. Une foule de passages, surtout dans les livres poétiques et prophétiques, étaient douteux ou altérés. On n'avait pas les immenses ressources que la science moderne a depuis entassées ; la méthode comparative manquait. Nulle lexicographie, nulle grammaire*. On procédait par à peu près et en se guidant par des analogies superficielles. Les traductions des Orientaux et du moyen âge étaient toutes de la sorte : on croyait la tâche accomplie quand on avait un second texte aussi obscur que Toriginal ; on mettait des mots de la langue dans laquelle on traduisait sur les mots de la langue dont on traduisait, sans s'inquiéter du sens que cela faisait, laissant au lecteur le soin de le trouver, s'il y en avait un. On s'imaginait être très exact en étant d'une littéralité absolue; on ne remarquait pas que, le génie des
1. Les traducteurs alexandrins n'eurent jamais, par exemple, la moindre théorie des verbes défectifs.
deux langues n'étant pas le même, des mots équivalents, placés les uns sur les autres, faisaient un sens tout différente A vrai dire, il eût été injuste de demander à ces vieux interprètes de résoudre des difficultés contre lesquelles la philologie moderne, avec ses outils perfectionnés, est impuissante. La littéralité leur permettait de laisser obscur ce qui était obscur. Souvent on supposait que cette obscurité venait de mystères cachés, que Ton croyait sauvegarder en se contentant de rendre matériellement les mots du texte hébreu. Le vrai traducteur doit, d'ailleurs, avoir Tesprit dégagé de toute idée préconçue, et c'est là une condition qui faisait complètement défaut à l'auteur ou aux auteurs de la version grecque alexandrine. L'esprit de la traduction est un messianisme plus modéré que celui de la paraphrase chaldéenne, mais suffisant pour fausser, dans une foule de cas, la juste vue de l'original. Ce que le traducteur alexandrin est par-dessus tout, c'est un apologiste, un défenseur à tout prix du mosaïsme, déjà imprégné de l'esprit du faux Aristéas, de Philon et de Josèphe. Il s'agit de présenter la Loi aux Grecs d'une façon qui soit à son avantage. De là, une
1. Voir les réflexions très judicieuses de Sirach, prol., où'yàp
foule de petites modifications apportées à Tinterprétation du texte, par égard pour le goût délicat des Grecs. Des notes explicatives sont ajoutées; d'apparentes obscénités sont adoucies; la grandiose naïveté du vieux narrateur est abîmée. L'anthropomorphisme, surtout, est ardemment poursuivi. Dieu n'est pas visible; tous les passages où lahvé se laisse voir sont timidement retouchés*. L'ange de lahvé est substitué à lahvé^ dans tous les cas où l'inteiTention de la Divinité semble choquante. Beaucoup d'invraisemblances sont atténuées. Les chiffres, presque toujours objectionnables, sont corrigés. On veut parer aux critiques que pourront élever les Voltaires du lieu. Certaines précautions semblent prises contre les quiproquos qu'affectionnent les Orientaux et qui auraient pu fournir aux mauvais plaisants d'Alexandrie des prétextes à des allégations malveillantes\
Et, malgré tout, cependant, la version alexandrine fut un événement des plus graves dans l'histoire. Ce fut la Bible du christianisme naissant; en un sens, ce fut la Bible de l'humanité,
i. Comparei chez les Massorètes, nN"i^