Ch. XI, Uetsuiv
Car il est facile au Seigneur
D'enrichir le pauvre en un instant tout à coup,
La bénédiction du Seigneur est le lot de l'homme pieux; A l'heure subite il la l'ait éclater.
Ne dis pas: <A quoi bon désormais?
Quel bien puis-je espérer encore? »
Ne dis pas non plus: c J'ai ma suffisance;
Quel malheur désormais pourrait m'atteindre?»
Au jour du bonheur, on oublie tout ce qu'on a souffert; Au jour du malheur^ on ne se souvient plus du bonheur;
Car c'est chose facile au Seigneur
Au jour de la mort de rendre à chacun selon ses œuvres.
Une heure de souffrance fait oublier une vie de délices; C'est par la fin de l'homme que ses œuvres sont vues au clair.
Avant la fin ne déclare personne heureux;
Ce n'est qu'en ses enfants que l'on connaît un homme.
Toujours réternel balancement contradictoire du livre de Job. Une idée, cependant, qui n'est pas dans Job, c'est qu'une heure de souffrance ou de jouissance, à l'article de la mort, peut équivaloir toute une vie et rétablir la balance de la justice divine. Voilà qui est capital. Bientôt celte heure réparatrice entre l'épreuve et la mort deviendra inadmissible. Le martyr mettait la vieille théorie hébraïque au pied du mur. Comment soutenir que ce Juif héroïque qui endurait les plus cruels supplices pour ne pas manquer à la Loi avait ici-bas sa récompense? L'heure réparatrice devra ôtie
rejetée au delà de la mort, et dès lors le pas est franchi. Le dogme des récompenses et des châtiments d*outre-tombe, dont les vieux sages n'ont voulu à aucun prix, fait victorieusement son entrée en Israël.
Le triomphe de Jésus fils de Sirach, c'est la morale bourgeoise, la sagesse à la façon de Franklin, et c'est par là que ce livre médiocre a eu, dans le monde, vingt fois plus d'action que des livres qui lui sont fort supérieurs. Une sévère discipline domestique enserre la vie, comme à Rome, comme à Sparte. L'auteur est un austère au premier chef; non seulement il est pour une stricte monogamie, quoique la Thora permette plusieurs femmes ; toute légèreté de la part de l'homme lui paraît condamnable*. La famille repose sur le respect du père^; le respect fait vivre longtemps; le fils ingrat est une monstruosité. La mère, respectée aussi, ou plutôt traitée avec égards, a dans la famille une position subordonnée^; la fille est étroitement gardée *. En général le fils de Sirach a peu de ccjfiance dans la vertu des femmes. Une