‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 5)Chapitre 201 sur 251 · Ps. xxxvii · texte numérisé non relu

Ps. xxxvii

IT. tl

savoir. Dieu est un juge si sévère qu'il trouve de riniquilé dans Thomme le plus vertueux en apparence. Restait la théorie de l'épreuve passagère. Dieu se plaît quelquefois à mettre ses serviteurs à répreuve ; mais il répare ensuite le mal qu'il leur a fait. On imagina tous les cas possibles. Job, homme parfaitement juste, est frappé de malheurs affreux; mais Dieu lui rend au double toute sa prospérité passée : au lieu de trois mille chameaux, il en a six mille; au lieu de sept fils, il en a quatorze; il meurt à cent vingt ans, rassasié de jours. L'infortune de Tobie est encore plus imméritée, puisqu'elle l'atteint dans l'exercice d'une bonne action. Mais il n'a pas à se plaindre: il est guéri, il voit son fils bien marié, il éprouve la joie suprême, il assiste à la ruine de Ninive, l'ennemie de sa race; il meurt dans un âge très avancé. Judith, après son acte héroïque, est récompensée par le bonheur de son peuple, par les honneurs qu'on lui rend; elle vit aussi jusqu'à cent vingt ans.

Les vicissitudes de l'histoire d'Israël s'expliquaient de la même manière. Les calamités terribles qui lui arrivent viennent, sans doute, de ses péchés; ce sont surtout les sévérités d'un poie, qui châtie parce qu'il aime. L'avenir réserve à

Israël, comme à Job, des compensations infinies Le monde, qui appartient maintenant aux violents, lui appartiendra un jour; les peuples qui le méprisent seront un jour à ses pieds.

Ces faibles raisonnements calmèrent tant bien que mal, durant des siècles, la conscience inquiète d'Israël. On se contentait à peu de frais, quand il s'agissait de sauver Thonneur de lahvé. Au fond, Tagilation de Tâme israélite était immense. L'histoire d'Israël est un effort de dix siècles pour aboutir à l'idée des compensations ultérieures. Le prophète, représentant de Tahvé, est dans une lutte perpétuelle avec son Dieu, qui le compromet en des promesses qu'il ne tient pas. L'Israélite pieux reproche sans cesse à Dieu de manquer à sa parole, de n'avoir de faveurs que pour ses ennemis. Quoi de plus scandaleux, en effet, si Israël était vraiment le peuple de Dieu, que de le voir partout subordonné aux païens? Toute la puissance de lahvé était employée à tourner à l'avantage des Juifs le caprice des despotes païens, à leur procurer de bonnes places d'intendants chez les vainqueurs du monde. Voilà un jeu vraiment assez mesquin pour l'Eternel. Le pauvre Siiach est, à la lettre, aux abois. Un juste meurt après avoir toujours été malheureux... Il n'a que des réponses misérables :

(( Sait-on ce qui se passe au dernier moment? Une heure de bonheur efface des années de souffrance; le mal passé n'est que songe; il n'existe plus. » Tout cela était faible assurément. Mais les temps étaient calmes; on était riche et tranquille. Le Juif riche se regarde comme assez récompensé par la richesse; volontiers il tient Dieu pour quitte de son paradis. Le riche n'a pas besoin d'un autre monde. Le judaïsme, d'ailleurs, au milieu de la vie attristée de l'antiquité, donnait tant de bonheur que l'on passait condamnation sur bien des obscurités.

Il n'en fut plus ainsi le jour où commença la persécution d'Antiochus. Cejour-làonvit les apostats récompensés et les fidèles mourir dans les plus atroces supplices pour ne pas renier la Loi. C'était vraiment par trop fort. Les explications qui jusqu'alors avaient pu paraître un peu boiteuses devinrent tout bonnement ineptes. On continuait bien de répéter machinalement que tout cela arrivait à cause des péchés du peuple*. Mais c'était là une vraie rengaine. En y mettant la plus extrême bonne volonté, comment prétendre que ces justes-là avaient eu, dans la vie présente, leur ré-

d. H Macch., vu, i8, 32-33, 38; Dan., ix, 4 et suiv.

compense? Entre le supplice et la mort où découvrir un joint pour placer leur paradis? Le fils de Sirach lui-même eût encore été, en pareil cas, bien embarrassé pour trouver son quart d'heure de récompense. Non, non, c'est impossible. Le martyr n'est pas récompensé ici-bas. 11 est récompensé, cela est indubitable; donc il est récompensé dans une autre vie, dans un autre monde. Il v a une autre vie, un autre monde *, où se réalisera le règne de Dieu. Les saints opprimés maintenant seront les rois de ce monde. Les martyrs qui auront contribué à le fonder ressusciteront. Les méchants sans doute ressusciteront aussi; mais ce sera pour la vallée de Géhenne, où le ver ne meurt pas, le feu ne s'éteint pas Ml y avait partage à cet égard; selon plusieurs, le méchant ne ressuscitait pas; sa punition, c'était le néant^

C'est par cette affirmation héroïque qu'Israël sortit vainqueur d'une situation sans issue. Jamais dogme ne se produisit d'une manière plus inéluctable. La foi en la résurrection procède d'une façon si logique du développement des idées juives

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