‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 5)Chapitre 233 sur 251 · Voir Schùrer, 1, p. 166, note · texte numérisé non relu

Voir Schùrer, 1, p. 166, note

furie. Mais on commençait à voir ce que la politique de ce souverain avait eu de déplorable. On le blâmait d'avoir voulu forcer les Juifs à changer de culte; on en voulait à ceux qui avaient provoqué cette guerre interminable. Lysias était celui qui professait cette opinion de la manière laplus nette. Il conseillait au roi de faire mettreà mort le grandprêtre Ménélas, qui avait donné à son père de si mauvaises indications*. Ptolémée filsdeDorymène (surnommé Macron), qui avait toujours été équitable dans ses rapports avec les Juifs et qui trouvait qu'on avait de grands torts à leur égard, conseillait aussi de régler pacifiquement ces tristes affaires'. On ne voyait donc plus, dans le camp syrien, aucune nécessité de pousser les choses à bout pour un parti qui n'était plus qu'un embarras. Avec le parti de Juda Macchabée, il n'y avait pas moyen de s'entendre; mais ce parti était momentanément écarté ; le chef avait perdu son prestige militaire par la défaite de Beth-Zakariah. Restait un parti de Juifs sincères, qui n'avaient pas apostasie ou qui tout au plus avaient montré quelque faiblesse, mais qui ne partageaient pas les idées radicales de Juda Macchabée. Celui-ci voulaitTindépendance absolue

i. Jos., Ant.y XII, IX, 7.

S. II Macch., X, 12 et suiv.

de la Judée et Texpulsion totale des Syriens. Les Juifs modérés se bornaient à demander qu'on revînt sur la politique néfaste d'AntiocKds Ëpiphane et qu'on accordât aux Juifs le droit de vivre selon leur loi religieuse. Gomme les Syriens éclairés étaient juste du même avis, Tentente devenait possible et, pendant que le siège du haram se continuait, il s'établissait des colloques entre les gens modérés des deux côtés. Tout cela se passait, naturellement, tout à fait en dehors de Juda Macchabée.

Une autre raison, d'ailleurs, portait les Syriens à se montrer faciles sur les conditions de la capitulation. Philippe, qu'Antiochus Ëpiphane mourant avait nommé tuteur de son fils, réclamait ses droits et marchait sur Antioche. Lysias désirait vivement être libre de se tourner vers le Nord. Il alléguait la nécessité de ne pas exaspérer une nation dont il était sage de se faire une alliée. Les Juifs hellénistes, les Juifs modérés, les renégats qui osaient sortir d'Akra, l'entouraient et se disaient enchantés. La paix fut conclue sur la base de la liberté religieuse. Le culte du temple serait entièrement conforme aux anciens rites; ^es Juifs en auraient la police. Les Juifs seraient entièrement libres de pratiquer leur Loi selon les coutumes anciennes. Un vrai juste, séparant la religion de la

politique, ne pouvait désirer plus Le but poursuivi depuis cinq ans était atteint; tout le monde fut content, excepté les partisans de Juda, qui demandaientunesolutionradicaleet avaient probablement aussi quelque visée dynastique ou personnelle *.

Le roi fit détruire les fortifications de l'enceinte du temple; il n'y eut plus qu'une citadelle à Jérusalem; ce fut Akra. Gela mécontenta; on prétendit que le roi ou ceux qui gouvernaient pour lui avaient juré, avant d'entrer dans l'enceinte, qu'ils ne toucheraient pas aux murs.

La question du grand-prêtre, était une des plus délicates à résoudre. L'odieux Ménélas, sorte de Gobel prêt à tontes abjurations, vivait toujours et avait le titre officiel. Il était également mal vu des Juifs et des Syriens, et Lysias disait hautement qu'il fallait se défaire de lui. Pendant la dictature de Juda Macchabée, qui remplit en réalité au temple les fonctions de grand-prêtre? Il n'est pas facile de le savoir. Le fils du pieux Onias III ne fut jamais grand-prêtre à Jérusalem'. Juda Macchabée, quoi-

1. Naturellement, pour voir le vrai en ces affaires, il faut rectifier les grossiers partis pris des historiens juifs. Nous sommes devant ces événements comme si nous ne connaissions les guerres de la Vendée que par des récits vendéens.

t. Voir ci-ajirés, p. 3^9-400.

que prétende Josèphe, ne fut jamais grand-prêtre. On respectait probablement le titre officiel de Ménélas, mais sans souffrir qu'il exerçât ses fonctions. Antiochus V le fit conduire à Alep, où il périt par le cruel supplice de la cendre. Il nomma en sa place un certain Iakim*, qui, selon la mode du temps, se faisait appeler Alcimus^ (162). C'était un membre de la famille sacerdotale % un Juif philhellène et, ce semble, assez modéré. Il fit tout ce qu'il put pour la paix dans un temps où la haine des partis était portée au plus haut degré.

Ce que le fanatique, en effet, déteste le plus, c'est la liberté. Il aime bien mieux être persécuté que toléré; ce qu'il veut, c'est le droit de persécuter les autres. Juda Macchabée se tint toujours en dehors du régime nouveau. Il était en province, recueillant tous les fanatiques, reformant son armée. Le gouvernement syrien avait évidemment peu de développement dans ces régions. Il ne savait qu'envoyer des expéditions, frappant des coups temporaires ; puis il disparaissait, laissant le pays à ses habitudes invétérées. La machine séleucide

i. Pour Éliakim ou Joiaqim.

2. Jos., Ant.y XII, IX, 7; II Macch., xiv, 3 et suiv. Selon une ^ulre version (I Macch., Vil, 9) Alciraus n'aurait été nommé que par Démétrius !•'.

Page 1