Voir t. III, p. <i:}5, note
semblable que d'attribuer à un scribe sans talent une œuvre d'une pareille importance. Ce qui est possible, probable même, c'est qu'Esdras ait eu la main dans la rédaction des dernières additions rituelles et lévitiques. De même que le pacte de Josias entraîna la création de nouveaux textes légaux, de même on doit supposer que le pacte de Néhémie, peu distinct de celui d'Esdras, mit sa marque dans la Thora*. Un grand nombre de règles n'étaient pas rédigées, ou l'étaient d'une manière sporadique, comme des lois isolées. Môme quand laThora de lahvé eut absorbé presque toute la conscience religieuse d'Israël, l'unité du livre n'était pas encore solidement établie. Les exemplaires étaient extrêmement rares; il n'y en avait pas deux qui fussent identiques. Pour plusieurs Judéens, la Thora, c'était le Deutéronome seul. Pour d'autres, c'était le conglomérat datant d'Ézéchias, ayant englobé sous Josias le Deutéronome et plusieurs Novelles lévitiques. Pour d'autres, c'était quelqu'un de ces petits recueils qui avaient la prétention de résumer les révélations faites à Moïse au Sinai^
1. Remarquez la similitude des prescriptions ezraïques (Néh., X, XII ; ci-après, p. 123 et suiv.) avec celles du code lévilique. *2. Voir t. 111, p. 63 et suiv., 207, 243.
La fusion de tout cela en un seul corps de Pandectes semble avoir été postérieure à la restauration du culte. La première restauration de Zorobabel et de Josua fils de Josadaq se fit dans des conditions de grande faiblesse littéraire. Le sofer ou scribe paraît y avoir eu peu de part. La restauration de Néhémie [ou d'Esdras], au contraire, est bien une œuvre de soferim ou mebimm. Autant qu'il est permis d'entrevoir Tétat des textes que possédait Néhémie ou Esdras, il ne semble pas qu'à l'origine ils connussent le Pentateuque tel que nous l'avons. Mais durant leur séjour à Jérusalem, ils ne durent pas rester oisifs. Il est parfaitement admissible que les différentes parties de l'Hexateuque se soient à ce moment agglutinées d'une façon définitive. Le conglomérat formé, selon nous, sous Ézéchias et grossi du Deutéronome sous Josias, se doubla presque par l'addition d'une foule de lois, écrites à diverses époques et provenant de sources multiples. Les essais théoriques d'Ezéchiel et de son école s'y fondirent. De là, ce fait important que le code sacerdotal et lévitique n'a pas d'unité comme le Deutéronome. Seul, le petitcode ézéchiélique (Lévit., xviii-xxvi) resta comme un caillou roulé, que les mouvements ultérieurs ne décomposèrent pas.
En ce qui concerne les lois, Tœuvre d'insertion et de compilation était facile, vu le peu de souci qu'on avait alors d'un ordre méthodique; en ce qui concerne les faits de la vie de Moïse, l'opération fut plus délicate K On dut procéder, pour les fusions nouvelles, comme déjà, sous Ézéchias, on avait procédé pour la fusion des deux textes jéhoviste et élohiste. Le cas le plus remarquable est celui de la fusion de l'ancien récit sur la révolte de Datan et d'Abiram avec le récit sur la révolte de Goré, qui ne se trouvait que dans les nouvelles Vies de Moïse. Rien n'égale la grossièreté avec laquelle se fit l'opération ^ Pour l'épisode de Balaam et celui des filles de Selofhad, au contraire, on procéda
1. Beaucoup d'épisodes d'origine lévitique de l'Exode et des Nombres s'expliqueraient soit par une Vie de Moïse composée vers 500 avant J.-C, au sens lévitique et sacerdotal, soit par une interpolation au sens lévitique et sacerdotal de l'ancien élohiste. En général, la manière de l'interpolateur lévitique clFre les plus grandes analogies avec celle de l'élohiste (voir, en particulier, tout ce qui concerne la manne). Mais il faudrait admettre alors que la combination du jéhoviste et de l'ancien élohiste a eu lieu au V* siècle. Or, je maintiens que c'est là un fait du temps d'Ézéchias. Passé la captivité, on ne toucha plus aux histoires patriarcales, et il est probable que les additions au vieux texte de l'histoire mosaïque se firent par interpolations, non par interca lalion de pages d'un autre ouvrage.