‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 5)Chapitre 80 sur 251 · PROMULGATION DE LA THORA · texte numérisé non relu

PROMULGATION DE LA THORA

On le voit, la critique a réduit presque à rien la part d'Esdras dans la rédaction de THexateuque. Fut-il, du moin^ le promulgateur de cette Thora qu'il n'avait point faite, et qui désormais sera le centre unique de la vie d'Israël? Le récit qui nous a été conservé sur ce point n'a pas une plus grande valeur historique que toutes les relations qui nous restent de ce temps; il peut cependant représenter dans ses lignes générales un événement qui, sous une forme ou sous une autre, dut laisser une ' profonde trace.

Les grandes panégyries à effet, les missions du genre que depuis les jésuites imitèrent, les pactes solennels, terminés par une scène d'apparat et par des sacrifices, étaient bien dans le goût juif.

Une foule d'histoires légendaires qu'on rapportait au temps de Moïse et de Josué entraînaient les imaginations à se complaire en des scènes de berith ou d'alliances, qu'on pensait avoir été le point de départ d'ères nouvelles dans les relations de lahvé et de son peuple. Esdras aurait médité un éclat de ce genre*. Le septième mois (tisri), répondant à Téquinoxe d'automne, amenait la fête des tentes, oii tout Israël passait quelques jours sous des huttes de feuillage, en plein air. Le peu d'étendue du pays occupé par les colons rapatriés rendait facile la concentration de presque toute la nation sur un seul point. Cette circonstance prêtait merveilleusement au grand coup qu'Esdras voulait frapper. En une année qu'on peut supposer par approximation avoir été l'an 450 avant Jésus- Christ, averti sous main par le scribe agitateur, presque tout l'Israël nouveau se trouva réuni à Jérusalem. Le centre de la panégyrie était sur le large

1 . Néh., VIII. Le vrai livre d'Esdras se compose des quatre cha- 'pitres vu, V"i, ix, x du livre dit d'Esdras, et des ch. viii, ix, x du livre dit de Néhémie. Le troisième livre d'Esdras présente les choses dans cet ordre (Kuenen, Ui$t. crit. des livres de l'Ane. Test., 1, p. 502). Le nom de Néhémie a été faussement introduit au verset viii, 9, par le rédacteur des Chroniques. Les Mémoires de Néhémie ne parlaient pas d'Esdras. Si Esdras eût vécu à côté du gouverneur piétiste, que d'occasions celui-ci aurait eues de le mentionner, dans l'aiïaire des murs, par exemple I

espace ouvert qui s'étendait près de la porte de l'enceinte du temple connue sous le nom de porte des Eaux. Gomme le rempart n'existait pas encore, la foule pouvait se répandre aux alentours (vers le serai actuel).

Devant le peuple assemblé, Esdras parut, dit-on, tenant le volume de la Thora. Voici la scène, telle que la racontait l'ancienne Vie d'Esdras :

Esdras le prêtre apporta donc la Thora en présence de l'assemblée, composée d'hommes, de femmes et d'enfants ayant l'âge de raison, le premier jour du septième mois. Et il en fit la lecture, devant la place qui est en face de la porte des Eaux, depuis le lever du jour jusqu'à midi, en présence des hommes, des femmes et des enfants ayant l'âge de raison, et les oreilles de tout le peuple étaient tendues vers le livre de la Thora. Et Esdras le sofer se tenait sur Testrade de bois, qu'on avait dressée pour la circonstance, et se tenaient à côté de lui : Mattitiah, Sema, Anaïah, Ouriah, Helqiah, Maaseyah, à sa droite, et à sa gauche : Pedaïah, Misael, Malkiah, Hasum, Hasbaddana, Zakariah, MesuUam*. Et Esdras ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple (car il était élevé au-dessus de tout le peuple), et, quand il rouvrit, tout le peuple était debout. Et Esdras bénit lahvé, le grand Dieu, et tout le peuple répondit: Amen! Amen! en levant les mains ; et ils s'inclinèrent et se prosternèrent devant lahvé, la face contre terre. Et lésoua, Bani, Sérébiah, lamin, Akkoub, Sabbetaï, Hodiah, Maaseyah, Kélita, Azariah, Jozabad, Hanan, Pelaïah et les lévites expliquaient la Thora au peuple debout. Ils lisaient dans le livre de la Thora de Dieu distinctement, de manière à être compris ; puis ils expliquaient ce qu'ils avaient lu.

1. Ces personnages se retrouvent presque tous comme prêtres aux secteurs (Néh., m).

LA JUDÉE SOUS LA DOMINATION PERSE. I2l

Les Israélites fondent en larmes, Esdras et les lévites * les consolent et les engagent à se réjouir. Le lendemain, on cherche à bien comprendre ce qu'Esdras a lu la veille. On étudie la Thora qu'il a lue, comme un texte nouveau et inconnu jusque-là . On y trouve le détail de la fête des tentes'. Les gens s'empressent de s'y conformer, comme à une loi dictée par Moïse, il est vrai, mais tombée en désuétude depuis un temps immémorial. La fête est célébrée pendant sept jours, dans des gourbis dressés sur le toit des maisons, dans les cours, dans les parvis du temple, sur la place de la porte des Eaux, et sur la place de la porte d'Éphraïm. Chaque jour, on faisait une lecture de la Thora. Le huitième jour, il y eut une assemblée solennelle ^

La légende expliqua ainsi par des actes successifs et répétés ce qui fut l'effet d'une longue habitude et de lentes transformations. Les fêtes fournissaient l'occasion à des espèces de missions, de retraites, d'exercices d'édification réciproque, destinés à raviver le zèle de la Loi, telle que l'en-

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