Nombres, xxi, 17-18 (pris du lasar
168 HlSTdlRE DU PEUPLE D'ISRAËL.
portant des bâtons de commandement et faisant avec ces bâtons, sans intervention surnatm'elle, l'acte qu'on attribua, dans les légendes plus modernes, à Moïse. Rien n'est aussi loin que ce petit chant de l'idée d'un chef unique, inspiré de Dieu. Quand même les récits légendaires ne nous raconteraient pas les murmures et les révoltes quotidiennes du peuple contre les chets qui l'avaient tiré d'Egypte, on devrait supposer a priori de pareilles scènes. L'homme n'est sensible qu'à son malheur présent. Ce qu'il a souffert lui paraît toujours peu de chose auprès de ce qu'il souffre. La faim, la soif firent regretter aux esclaves d'hier les oignons de l'Egypte et la vie relativement plantureuse dont ils y avaient joui. Les chefs ne se refusèrent, dans ces circonstances, aucune des impostures dont la politique des anciens ne se faisait pas scrupule. Il s'agissait de persuader à ces pauvres déshérités que le dieu de leur tribu veillait sur eux. Tous les incidents de la route étaient exploités dans ce sens. Toutes les sources qu'on découvrait étaient attribuées à un miracle. Quelquefois un coup de vent amenait une nuée de cailles, sur laquelle se précipitaient les affamés; c'était le dieu protecteur qui leur envoyait ce cadeau dans leur détresse.
Un faible secours que ces solitudes présentent au voyageur fut plus tard singulièrement exagéré par la légende. Il n'est pas rare qu'en certaines saisons les arbustes du désert se couvrent d'une sorte d'exsudation gommeuse, au moyen de laquelle les vagabonds réussissent à tromper un peu leur faim. C'est ce que les Arabes appellent mann es-sémâ, « le don du ciel », ou simplement wflww, «ledon», s'imaginant que cette excroissance tombe du ciel comme une sorte de gelée blanche. Les Israélites profilèrent de ce maigre soulagement; plus tard, et dans des pays où l'on ne savait plus ce que c'était que le mann, on fit sur ce point les récits les plus fantastiques. La manne passa pour le pain dont les fils de Dieu mangent dans le ciel, et il fut reçu que Dieu, par une faveur exceptionnelle, avait quelque temps nourri son peuple favori du pain des anges *.
Ce qui serait véritablement miraculeux, c'est que les Israélites eussent pu vivre dans le désert du Sinaï s'ils avaient été aussi nombreux et si leur séjour y avait été aussi long que le prétend la légende. Mais le récit traditionnel présente ici, certainement, de grandes exagérations. La troupe desfugi-