‹ Histoire du peuple d'IsraëlChapitre 13 sur 280 · XVI PREFACE · texte numérisé non relu

XVI PREFACE

c'est écrit, l'autre rejetant tout, dès qu'une tare se montre dans les anciens récits. Le défaut de part et d'autre est le même; il se résume en deux mots, incapacité de comprendre la différence des temps, inintelligence de ce qui constitue l'essence de la tradition populaire. Quand la tradition populaire ne sait rien, elle continue de parler toujours; elle prend alors des ombres pour des géants, des mots pour des hommes. La confiance exagérée, aboutissant, quand on a été trompé, à des défiances puériles, le manque de critique, en un mot, qui caractérise l'esprit français, aussi bien dans la guerre et la politique que dans l'appréciation de la haute antiquité, vient en général d'une trop grande simplicité de conception. On ne sait pas se défendre contre les pièges. On raisonne sur Romulus, sur Énée, sur Josué, de la même manière que sur Napoléon, comme si nous avions des journaux ou des actes de l'état civil du temps de Romulus, — comme si nous connaissions Énée par des témoignages contemporains, — comme si récriture avait été courante en ces temps reculés, ^— comme si les images préhistoriques n'avaient

PRÉFACE XMi

pas flotté cinq ou six siècles dans les brouillards de la tradition orale, où l'on ne voit rien à cinquante ans de distance, — comme si les héros d'un temps où les rivières ont des fils, où les montagnes engendrent, ne demandaient pas à être traités selon des règles particulières!...

L'abbé Barthélémy a fait justice, il y a cent ans', de ces enfantillages : « Dans ce temps-là vivait un homme qui s'appelait Énée; il était bâtard, dévot et poltron; ces qualités lui attirèrent l'estime du roi Priam, qui, ne sachant que lui donner, lui donna une de ses filles en mariage. Son histoire commence à la nuit de la prise de Troie. 11 sortit de la ville, perdit sa femme en chemin, s'embarqua, eut une galanterie avec Didon, reine de Carthage, qui vivait quatre cents ans après lui, donna des jeux très amusants auprès du tombeau de son père Anchise, mort en Sicile, et parvint enfin en Italie, vers l'embouchure du Tibre, où le premier objet qui frappa ses regards fut une truie qui venait do mettre bas trente cochons blancs..* i

\i Mercure de France, 1792, u" 13i

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