XVIII PRÉFACE
Je pense, comme Bartliélemy, qu'on ne fail pas grand tort à l'histoire en lui dérobant de si belles choses. Si, la légende une fois éliminée ou traitée comme légende, il ne reste qu'un contour indistinct de figures qui furent grandes sans doute, mais que les siècles ont effacées, qu'y faire? L'histoire est obligée de tirer le plus de vrai possible des indices dont elle dispose; elle fait la besogne la plus niaise du monde en racontant des fables puériles sur le ton de la narration sérieuse. Peindre les grands hommes de la haute antiquité dans leur lointain n'est pas les diminuer. Un géant placé aux derniers horizons d'un tableau reste toujours un géant. Mais on blesserait la raison en lui donnant la précision d'une figure de premier plan. Ce n'est pas ma faute, par exemple, si Moïse, à la distance où il est, fait l'effet d'un cippe informe, comme les statues de sel de la femme de Loth. Moïse, s'il a existé, comme tout porte à le croire, est antérieur de quatorze ou quinze cents ans à Jésus. Jésus nous est connu au moins par un témoignage contemporain, celui de saint Paul. Sa légende est l'ouvrage de la seconde et de la troisième génération