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LES BENI-ISKAËL A L'ETAT iNOMADE. 197
fait exprès pour servir de résidence à un dieu régional. Le fait que le dieu d'Israël a son séjour dans le Sinaï, montagne si éloignée du rayon visuel de la Palestine, est la meilleure preuve de l'importance religieuse qu'eut celte montagne aux yeux du peuple d'Israël. Pour les voyants et les poètes, l'aurore de l'apparition divine vient toujours (c du Midi ». Si lahvé n'est pas, comme on a pu le supposer, le dieu propre du Sinaï, c'est au Sinaï du moins qu'il faut placer la station intermédiaire où il est devenu le dieu particulier d'Israël* C'était une lourde chute; le vieil i^on chaldéen, le maître de la vie, descendait au rôle inférieur de protecteur d'un petit peuple. Mais ce peuple était Israël, et ce qu'Israël adopte a chance d'être adopté par l'humanité. En ce sens, lahvé est vraiment apparu du Sinaï, et l'ancien poète hébreu a eu raison de dire :
lahvé est venu du Sinaï, Et il s'est levé de Seir, Et il a éclaté du mont Pharan *.
Cette adoption de lahvé, qui paraît avoir été consommée à l'époque sinaïtique', se présenta-
i. Deut.,xxxiii, 2.
2. Le trait iahvéiste sur la bataille de Raphidim (Exode, xvit, 15-16) paraît avoir été emprunté au livre des Guerres de lahvé.
1J8 HISTOIRt: DU PEUPLE D'ISRAËL.
t-elle comme une conversion, comme quelque chose d'aussi caractérisé que le furent plus tard la construction du temple, la réforme d'Ézéchias et surtout l'organisation fanatique de Josias? Il faudrait se garder de le croire. Une des marques de la complète nationalisation d'un dieu est l'introduction de son nom dans les noms propres d'hommes. Or le nom de lahvé, soit comme composant initial [leho ou /o), soit comme composant final {lah) ne paraît guère dans les noms propres avant les temps de Samuel et de Saiil*. Il y a plus : un grand nombre d'Israélites, à l'époque des Juges et de David, portent des noms où entre le composant Baal', tels que Jarébaal, Meribaal, Isbaal, Bualiada ^ Ce nom de Baal, équivalent dJAdondi, mais
Mais le livre des Guerres de lahvé, écrit au JX* ou au x' siècle» a déjà pu exagérer le caractère iahvéiste de ces histoires.
1. Exception apparente: Jokébcd, mère de Moïse (nom sans doute fabriqué après coup; on ne trouve le nom de lahvé dans aucun nom de femme vraiment ancien; athalia est un adjectif féminin). 11 n'est nullement sur que le nom de Josué renferme le nom do lahvé, et, d'ailleurs, le personnage est tout légerdaire. Joël cl Abiah, noms des lils de Samuel, sont douteux. Sur Joas et Jotam, père et fils de Gédéon, voy. ci-après, p. 317. Sur Mikah ou Mikaïahou, voy. ci-aprcs, p. 348.
2. Plus lard, on substitua boscl (honte) à baal,o\x bien l'on mit El à la place do Daal. Un grand nombre de noms païens ont été ainsi oblitérés.
y. Autre» exemples : Gescnius, Thcs., p. 229, 230.
particulièrement affectionné par les Phéniciens, ne fut considéré comme messéant et idolâtrique qu'à partir des prophètes de l'école d'Élie. Un large éclectisme fut jusqu'à ce temps la règle religieuse d'Israël. Il est remarquable que les noms formés avec les composants Milik ou Baal se trouvent particulièrement dans la famille ou rentourage de Gédéon, de Saûl et de David *.