Surtout l'Israël du Nord, le vrai IsratiJ
n*aimer jamais les pouvoirs durables. La vie en famille, sans gouvernement, fut toujours son idéal.
L'autorité se présente d'ordinaire à l'Arabe comme une gône; il en veut le moins possible, parce qu'il ne sait pas la tempérer, et qu'il ne voit pas le bien qui en résulte pour la communauté. Les pouvoirs, avec un tel état d'esprit, durent peu; tout le temps qu'ils durent, ils sont cruels, terribles. Le juge, pendant son suffétat, était un tyran, sans armée régulière ni gouvernement organisé. L'Orient n'a jamais rien compris au pouvoir limité dans son principe même. Le sofet est un très faible souverain; mais ce qu'il peut, il le peut d'une manière absolue; un souverain constitutionnel peut infiniment plus de choses, mais ne les peut pas d'une manière absolue.
Ces hommes dirigeants formaient une chaîne à peu près continue*; il ne leur manqua que la succession de père en fils pour constituer une vraie dynastie. On ne se rend compte d'un tel phénomène d'émergence spontanée, que quand on a étudié la manière dont se crée l'élection d'un homme pour un rôle de commandement, dans le monde arabe. Cette élection ne se fait ni par l'hérédité, ni
1. \,\\ clironologit; tirée du livre des Juges est tout :\ fait iiicerlaiao ot ou coutradictiou avec I iiois« vi, \,
LES BENI-tSUAËL A L'ÉTAT DE TRIBUS FIXÉES. 303
par le suffrage, ni par l'investiture venant d'un sultanat supérieur, ni par coup de force. Elle se fait par une sorte de désignation, qui vient de la supériorité de l'homme, de son ascendant, de sa force et de son courage à la guerre. Il est très rare que l'homme ainsi investi d'un pouvoir de circonstance en soit dépouillé avant sa mort *.
L'écriture n'était pas encore usuelle en Israël ; on ne savait ce que c'était que suite dans les affaires et administration. Les souvenirs mêmes étaient fort indécis. La mémoire historique du peuple est toujours très courte. Une règle générale de critique, c'est qu'il n'y a pas d'histoire proprement dite avant l'écriture. Le peuple ne se souvient que des fables. Le mythe est l'histoire des temps où l'on n'écrit pas. Peu inventifs en fait de créations mythologiques, les Israélites y suppléaient, comme les Hébreux de l'âge patriarcal, par des monuments anépigraphes, monceaux de témoignage, tas de pierres, destinés à servir d'avertissement à l'avenir. Les noms donnés à certains lieux, à certains arbres doués d'une longue vie, tels que les térébinthes, étaient aussi des oth (signes) ou monimenta à leur manière. Certains usages, enfin, avaient la préten-
i. Je ne parle pas, bien entendu, des agitateurs comme les mnhdis, qui sont l'analogue des prophètes et non des sofetim.
lion d'être des aide-mémoire, des garde-souvenirs. Mais tout cela était vacillant, prêtait à beaucoup de confusions.
Les chants populaires constituaient un témoignage bien plus ferme*. Autant le peuple, en effet, est incapable de retenir un fait précis comme ceux qu'aime l'histoire, autant sa mémoire est apte, avant l'écriture', à retenir des pièces rythmées et chantées. La pièce rythmée, surtout d'après les lois du parallélisme sémitique, est comme le quipou, la cordelette à nœuds, qui retient ce qui sans elle s'égrènerait. C'est ainsi que chaque tribu arabe, sans nulle écriture, conservait autrefois le Divan entier de ses poésies; c'est ainsi que la mémoire arabe anté-islamique, à laquelle on eût vainement demandé [un renseignement historique précis, a gardé, jusqu'à l'arrivée des lettrés de Bagdad, cent cinquante ans après Mahomet, l'énorme trésor poétique du Kitab el-Aghâiti, des Moallaliâl et des autres poèmes du môme genre. Les tribus touaregs présentent de nos jours des phénomènes du mêmegenre^