Juges, vi-ix
leurs chameaux, surtout après la semaille, campaient dans les chanips, détruisaient la moisson naissante; c'était l'analogue du fléau des sauterelles. Ils poussaient leur pointe jusqu'à Gaza, où les Philistins les arrêtaient; puis ils revenaient au désert, emmenant avec eux tous les troupeaux et les bêtes de somme.
Ces invasions annuelles tenaient la population dans la terreur. On n*osaitpas battre dans une aire en plein vent. Quand venaient les pillards, les Israélites se barricadaient dans les cavernes où se créaient des acropoles im|,rovisées dans la montagne. Plus tard, on rajpjiorla à ce temps les cavernes foriïWèeseiXesmasada, ou sommets couverts de pierraille, qui sont si communs en Palestine, et qui, en elTet, ont à diverses reprises servi de refuge aux gens de la plaine contre de subites irruptions.
Une famille manasséite, par conséquent joséphite, celle des Abiézer, qui résidait à Ophra, h l'ouest de Sichem, vers le bas des pentes de la montagne d'Éphraïm, du côté de la mer,, prit dans ce triste état de choses une grande importance, et faillit donner à Israël la dynastie qui devait réaliser son unité. Ces Abiezrites étaient de très beaux hommes, des héros, semblables à des fils de roi. Ce n'étaient pas des serviteurs exclusifs
LES BENI-ISRAËL A L'ÉTAT DE TRIBUS FIXEES. 3iy
de lalivé. Ils avaient chez eux des autels à Baal et à Aséra; ils réservaient leur iahvéisme pour ce qui était la spécialité de lahvé, les oracles de l'éphod. Par cette manière d'agir, ils ne croyaient probablemont pas lui faire plus d'injure que les Latins ou les Herniques ne croyaient mécontenter la Fortune Prénestine en honorant Jupiter Latial ou Neptune d'Antium.
Mais lahvé fut toujours un dieu difficile ; il ne voulait pas de rival. Il y avait lutte, en quelque sorte, dans cette importante famille israélite, entre les tendances diverses qui se partageaient la conscience d'Israël \ Joas, le chef de la famille, avait un autel de Baal, surmonté d'une grande Aséra en bois; tous les jours, il faisait sur l'autel le sacrifice d'un taureau». Son fils aîné, un homme superbe et vigoureux, un \Yii\gibhor, s'appelait larébaal (celui qui craint Baal) % et fut d'abord dévoué au culte de ce
1. On (lirait que les noms propres où entre, comme composant, le nom de lahvé se rencontrent pour la première fois dans la famille de Gédéon : Joas, son père; Jotam, son fils; ce qui n'empêche pas des noms tels que laréliaal, Abimilik. Voyez ci-dessus, p. 198-199.