Cf. Isaïe, X, 2G
1. A peu près la routo actuelle do la caravane de Damas ù la Mecque
direnl-ils ; tous étaient beaux comme des fils de roi. y> Et Gédéon dit : « C'étaient mes frères, les fils de ma mère. Vive lahvc! Si vous leur aviez laissé la vie, je ne vous tuerais pas. » Et Gédéon dit à léter, son fils aîné : « Lève-toi; tuc-lcs! »
Le jeune homme hésitant à tuer de tels héros, Zébah et Salmunna dirent à Gédéon : « Allons, frappe-nous, toi ; nous en valons bien la peine. î Gédéon alors tua Zébah et Salmunna, et il prit les croissants qui étaient au cou de leurs chameaux. En revenant par Penuel et Succoth, il punit cruellement les gens de ces deux villes de la conduite qji'ils avaient tenue, lorsqu'il avait passé pour la première fois parmi eux.
Le retour de Gédéon en deçà du Jourdain fut un triomphe. Sa taille, sa beauté, sa force, faisaient de lui un vrai roi. La course qu'il avait poussée, avec ses Abiezrites , au cœur môme des tribus arabes de l'Est, lui avait procuré des trésors. Toutes ces tribus arabes, connues sous le nom d'Ismaélim *, s'étaient fort enrichies par le commerce. Le butin fait sur elles frappa beaucoup les pauvres et laborieuses tribus d'Israël. C'étaient des masses d'anneaux d'or {nezm), des colliers et des
i. Juges, VIII, 24
croissants pour le cou des chameaux, des boucles d'oreille formées d'une seule perle, de riches vêtements de pourpre pour les rois. Gédéon s'adjugea une forte 4)artie du butin. Les Abiezrites eurent le reste. LesÉphraïmites, au contraire, témoignèrent de la jalousie; Gédéon ne les avait appelés que tard. Ils furent chargés de la partie la moins avantageuse delà campagne, de celle qui consista à poursuivre dans le Ghôr les traînards madianites qui n'avaient pu repasser le Jourdain. Ils ne participèrent pas au pillage des grands campements de l'Est. Gédéon les adoucit oar de bonnes paroles et en flattant leur amour-propre : « Le grapillage d'Éphraim, leur dit-il, vaut mieux que la vendange d'Abiézer. y>
Cette campagne de Gédéon eut, en tout cas, une importance extrême. Les cantiques que l'on fit à ce sujet ne nous ont pas été conservés. Mais il se forma une légende qui nous est parvenue dans une rédaction qu'on peut comparer aux plus beaux épisodes de Vépos grec*. On se raconta un songe qui fut tenu pour symbolique : une miche ronde de pain d'orge venait en roulant, comme une roue de char, frapper le camp madianite, jetant par terre les tentes, démolissant tout sur son passage. La
1. Les chapitres VI, vu, viii du livre des Juges ont un caractcro épique tout à fait à part.
miche de pain d'orge, c'était l'agriculteur Israélite, déjà fixé au sol, parvenant à détruire, malgré sa pauvreté, le nomade qui vient camper chez lui. La victoire de Gédéon fut, en effet, un événement capital dans l'histoire du sémilisme syrien. L'Hébreu établi a fini par mettre à la raison ceux de ses congénères qui continuent encore la vie qu'il a lui-même longtemps menée. Madianites, Araalécites, Ismaélites, Beni-Qédem sont confinés dans leurs déserts à l'est et au sud de la Palestine. Les sédentaires parviennent à se défendre chez eux, même quand ils n'ont, comme les Israélites, aucun pouvoir central permanent.
Gédéon paraissait tout à fait désigné pour donner à Isiaël ce qui lui manquait à cet égard. Il était grand, robuste, courageux. La campagne chez les Madianites du désert oriental l'avait rendu riche, et lui avait procuré des habits royaux. Il possédait un sérail nombreux, à Ophra, et des concubines chananéennes dans plusieurs endroits, notamment à Sichem^ On lui compta jusqu'à soixante-dix fils.
Gédéon semblait donc appelé à réaliser ce que David fit plus tard : d'une part, l'unité monarchique
i. Juges, VIII, 31.
et la légitimité dynastique en Israël ; d'une autre part, la fusion des Chananéens et des Israélites en une seule race. Mais le culte de lahvé, à aucune époque, n'inclina vers la royauté ^ Le système des sofetim, sortant de la foule par une désignation populaire équivalant à un choix de lahvé, était bien plus conforme à l'esprit de ce culte. A toutes les sollicitations que l'on fit auprès de Gédéon pour obtenir de lui qu'il acceptât le titre de roi héréditaire d'Israël, il paraît qu'il répondit inflexiblement : « C'est lahvé qui règne sur vous. » Peut-être aperçut-il à temps les difficultés qui se révélèrent trop tard au malheureux Saûl. Il semble que, sur ce point, le texte du livre des Juges n'ait pas voulu que nous y vissions bien clair. L'idée de théocrate exalté qu'il prête à Gédéon répond mal à la grossièreté extrême que celui-ci porta dans son nouveau culte. Le iahvéisme de Gédéon semble, en effet, avoir surtout consisté dans les pratiques superstitieuses de l'éphod; or ces pratiques n'avaient pas grand chose à faire avec les principes sévères de puritains et de théocrates qui auraient dès lors juré haine à la royauté.
Gédéon n'était ni. au-dessus ni au-dessous des