Comp. Juges, xii
à quelques égards le cas de David ^ Salomon luimême était un enfant adultérin. On aimait à supposer quelque irrégularité dans la généalogie des grands hommes*, pour rendre leur fortune d'autant plus frappante. Une tendance naturelle de tous les cycles épiques a été de faire, des héros, des déclassés. Israël, d'ailleurs, jusqu'en sa légende héroïque, trahit quelque chose de peu militaire. Le fjihbor idéal n'est pas un chef de famille régulière, un aîné destiné à succéder à son père : c'est un fils illégitime, qui hérite mieux de l'héroïsme de la race que les fils légitimes. Le héros militaire était d'ordinaire un banni, forcé de se mettre dans la compagnie des malandrins, parce que sa famille l'avait chassé. L'opposition du pacifique Israël et du soudard de profession commence ainsi à se manifester.
Chassé par ses frères, Jephté alla s'établir dans le pays de Tob, où il se fit chef d'aventuriers vivant de pillage. Le pays de Tob était le Ledja, c'est-à-dire cette coulée de lave des monts Hauran, formant un triangle presque équilatéral, de treize lieues de côté, dont les crevasses ont toujours servi de refuge
1. On se plut & lo faire descendre d'une pauvre Moabile, puis do la courtisane flaliab.
S. Voy. les flnes retnar(|ucs de saint Jérdme sur Matthieu, r,5.
aux gens hors la loi *. La revanche du bandit, c'est le besoin qu'on a de lui, le jour du danger. Les Ammonites menaçaient sans cesse les Israélites de Galaad et de Basan. Souvent même, à ce qu'il paraît, l'ennemi passait le Jourdain et battait les tribus de l'Ouest. Une attaque plus vigoureuse que les autres obligea les Galaadites de s'adresser à Jephté, qui menait sa vie de brigand dans le Ledja. Ils lui promirent, dit-on, la souveraineté, s'il pouvait les délivrer de leurs ennemis. Jephté remporta, en effet, la victoire, et chassa les Ammonites de toutes les villes de Manassé, de Gad et de Ruben, qu'ils avaient occupées.
Les chants populaires du temps rattachèrent i cette guerre un épisode qui eut une grande célébrité dans les tribus et donna lieu à beaucoup de poésies ^ «Et Iftah fit un vœu à Iahvé,et il dit: t Sî » tu livres les Beni-Ammon dans ma main, certes, > le premier qui franchira le seuil de ma maison » 'pour venir au-devant de moi, à mon retour de y> ma victoire sur les Beni-Ammon, sera à lahvé, y> et je le ferai monter en holocauste... » Et [après Ja victoire] Iftah revint à Mispa, à sa maison. Et