Juges, XI, 30 et suiv
voilà sa fille qui sort au-devant de lui, avec des tambourins et des chœurs de danse; or elle était son enfant unique; il n'avait pas d'autre fils ni d'autre fille. Quand il la vit, il déchira ses habits et il dit : « Ah! ma fille, se peut-il que tu sois la y> cause de ma tristesse ! J'ai ouvert ma bouche D vers lahvé, et je ne peux plus revenir sur ma paï rôle. y> Et elle lui dit : « Mon père, tu as ouvert » ta bouche vers lahvé ; agis avec moi selon ce qui > est sorti de ta bouche, maintenant que lahvé t'a » fait tirer vengeance de tes ennemis, les Béni- D Ammon. » Et elle ajouta : « Accorde-moi seuley> ment ceci : laisse-moi encore deux mois, et j'irai D sur les montagnes pleurer ma virginité, moi et 3) mes compagnes. y> Et il lui dit : « Va. » Et il la laissa deux mois, et elle alla avec ses compagnes, et elle pleura sa virginité sur les montagnes. Et, au bout de deux mois,. elle revint vers son père, et il accomplit sur elle le vœu qu'il avait fait. Et elle n*avait jamais connu d'homme. Et ce fut une coutume en Israël que, d'année en année, les filles d'Israël allassent chanter les louanges de la fille de Iftah le Galaadite, pendant quatre jours chaque année. i>
Ces ballades, annuellement renouvelées, célébraient le fait traditionnel chaque fois avec des cir-
constances nouvelles et plus dramatiques les unes que les autres*. Le récit que nous a conservé le livre des Juges est une des versions les mieux arrangées. La vérité est probablement que Jephté, avant d'entreprendre une guerre difficile, sacrifia une de ses filles, selon un usage barbare que l'on mettait en pratique dans les circonstances solennelles où la patrie était en danger*. Le déisme patriarcal avait condamné ces immolations : le iahvéisme, avec son principe exclusivement national, y fut plutôt favorable. On n'a pas offert beaucoup de sacrifices humains à Dieu ni auxélohim. Les dieux qu'on a cru servir par des holocaustes humains sont les dieux patriotes, le Camos des Moabites, le lahvé des Israélites, le Milkom des Ammonites, le Moloch des Chananéens, le Melkarth de Carlhage.
Tantum gentis amor potuit suadere malorum.
La fille de Jephlé n'est pas probablement la seule victime que lahvé ait reçue, avant son grand adoucissement moral, au viii' siècle. Du reste, on ne saurait dire jusqu'à quel point, à l'époque reculée où nous sommes, lahvé régnait dans ces coins per-
1. Comparez les agadas annuels sur la Pâque, chez les Juif^ les Téaziés persans, etc.