‹ Histoire du peuple d'IsraëlChapitre 238 sur 280 · Juges, ch. XXI · texte numérisé non relu

Juges, ch. XXI

frappa Benjamin, tomba, dit-on, sm^ la ville de Jabès en Galaad. Selon la légende, les habitants de cette ville auraient seuls manqué à l'espèce de diète qui aurait été tenue à Mispa contre les Benjaminites. On les aurait tous tués, en réservant leurs filles vierges pour continuer la race de Benjamin. Ce qu'il y a de vrai dans ce récit, c'est que Galaad, et peut-être en particulier Jabès, faisaient bande à part et n'entraient pas pour grand'chose dans l'œuvre commune d'Israël.

Ainsi se continua, pendant deux ou trois siècles, la vie séparée d'une douzaine de familles, notoirement congénères, ayant la pleine conscience de leur parenté, mais rarement unies dans une action commune. Les Joséphites gardaient toujours leur supériorité ; les signes de la future primauté de Juda étaient encore bien obscurs ♦. Très anciennement s'établirent des généalogies convenues, destinées à montrer l'unité d'origine de ces différentes familles. Les anciens noms de jtribus, Isaac, Jakob, Israël, Joseph, servirent à d'ingénieuses combinaisons, en tête desquelles figurait toujours la Haut- Père, VAb-ram, identifié avec le mythique Père- Orcham, rapporté de la Chaldée. Le très vieux nom

1. Juges, XX, 18, d'une rédaction tardive; Gon., xlix, 8 et Bujv., très Mil i Innt comme date de compoeition.

d^Isaac fournissait un fils et successeur immédiat à VAb-ram. On identifiait en un seul personnage les anciens noms de Jakob et d'Israël. Toutes les tribus venaient d'éponymes, censés fils de Jakob ou Israël. Il y eut bien dans ce choix quelque arbitraire. Les puissants groupes de Jaïr, de Makir, d'Abiézer auraient eu autant de droit que Gad ou Dan à figurer dans la liste*.

En y mettant une certaine complaisance, on réussit à trouver le chiffre sacramentel « douze ». Joseph fut dédoublé en ses deux fils Éphraïm et Manassé. Deux groupes, à ce qu'il semble, furent formés en dehors des considérations de parenté, le groupe des lévis et le groupe guerrier désigné sous le nom de Benjamin. Les lévis s'étaient fort multipliés dans les diverses tribus. On s'habitua à croire qu'ils descendaient d'un fils de Jacob, nommé Lévi; on fit d'eux une tribu, dont le lot fut de n'en avoir pas, mais de demeurer chez les autres et de vivre à leurs frais. Les Beni-Iemini, frondeurs et archers habiles, avaient été placés au sommet des fortes collines qui sont au nord de Jérusalem.

Benjamin et Lévi devinrent ainsi deux fils de Jacob, quoique assurément les différents lévis

1. Makir figure comme une tribu dans le Cantique deDcbora. Juges, y, H.

qui couraient le pays n'eussent entre eux aucun lien de parenté. Gomme certains maniements d'armes et certaines aptitudes étaient souvent, dans l'antiquité, l'apanage de familles déterminées, qui se les transmettaient héréditairement, on ne saurait affirmer que les Bené-Iemini n'aient pas formé à l'origine une famille dans le sens ordinaire du mot. Il fut admis, du moins, qu'une tribu pouvait exister sans territoire. Lévi n'en avait aucun, et le territoire de Benjamin se bornait presque à la colline de -Gibéa.

Ruben et Siméon, qui devinrent assez vite indiscernables de Moab, d'Edom et des Arabes du désert, disparurent de bonne heure comme tribus. On les regarda, ainsi que Lévi, comme des tribus sporadiques, dispersées dans le reste d'Israël*. Il y eut ainsi des tribus en quelque sorte idéales, à côté des tribus totalement extravasées, comme Dan. Le tout était de se rattacher, par la langue, par la race, par un souvenir pljis ou moins authentique, à l'antique Jacob.

Jacob fut censé avoir eu deux femmes et deux concubines. Chaque tribu, naturellement, essaya

1. Bénédictions do Jacob et de Moïse, Gon., xlix, 5 et suiv. ; Deut., xxxni, 6, on observant que le comma de Siméon est tombé dans la néncdiclion de Moïse.

d*abord de se rattacher au père commun de la manière la plus honorable; puis il se fit une sorte de classification, favorable aux uns, défavorable aux autres, où l'opinion de la puissante tribu joséphite d'Éphraïm fut prépondérante. Joseph et Benjamin, la plus vieille aristocratie d'Israël, naquirent de l'épouse bien-aimée Rachel, dans des circonstances qui en faisaient des privilégiés et des préférés. Dan, Nephtali, Gad et Aser furent sacrifiés et rattachés aux concubines. Gomme les rivalités étaient grandes entre ces membres d'une même famille, des anecdotes, souvent assez déplaisantes, circulaient sur ces fils vrais ou supposés du patriarche, et affligeaient fort leurs descendants. Ainsi, dans nos campagnes restées naïves, on se taquine beaucoup sur les saints des diverses paroisses, et chacun se trouve atteint par le mal qu'on dit de son patron. Mais c'est surtout au monde des tribus arabes, avant Mahomet, au Kitâb el-Aghâni, aux divans des tribus, qu'il faut demander l'intelligence de cet âge, en apparence si contradictoire, d'Israël. Les tribus arabes, bien que de môme race, ont entre elles les haines les plus atroces. Elles répandent l'une sur l'autre les plus odieuses calomnies. Des recueils ont été faits*

Page 1