C'est-ù-diro de la Palestine
LES BENI-lSRAÊL A L'ÉTAT bE TIIIBUS FIXÉES. 36T
temps comme une époque de gaieté, de bonheur intermittent, de mœurs souvent pures, toujours de liberté, où l'individu, maître sur sa terre, à l'abri des abus de la monarchie, vivait dans l'état le plus voisin de l'état parfait, qui est l'état nomade primitif. Comme Israël n'eut jamais d'attachement réel pour la royauté, ce souvenir d'une ère d'absence de gouvernement et de théocratie supposée enchanta toujours son imagination. Un cycle de délicieuses pastorales se broda sur ce fond aimable et serein. Le livre des Guerres de lahvéj et le lasar absorbèrent plus tard presque^ toutes ces anecdotes, auxquelles un heureux mélange d'idyllisme et d'héroïsme donna un charme que les poèmes épiques des Grecs et le Kitâb el-A(jhâni des Arabes ont seuls égalé.
Le e Livre des Juges » hérita de cette flore poétique, que le souffle piétiste des âges postérieurs ne flétrit pas. Cette partie de la vieille historiographie ne fut presque pas remaniée. Les épisodes développés de Gé(Iéon,de Jephté,V Histoire de MiJmh, le Lévite d'Éphraïm sont d'admirables tableaux, simples et grands, venus à peu près sans retouches de la haute antiquité, absolument parallèles aux. plus beaux récits homériques. Une foule d'épisodes du même genre relatifs à Caleb et aux héros
du Sud, sont perdus. D'autres furent fabriqués postérieurement et rattachés à Bethléhem, à la famille de David*. Arrivé à une organisation plus avancée, Israël se représenta cet âge camme un temps où il avait été heureux, où du moins il avait été jeune et libre. Une veine romanesque tout à fait exquise fut ainsi créée.
Le roman a besoin, pour placer ses rêves, de pays et de temps qui se prêtent à la fiction et lui fournissent le fond lumineux qui noie le tableau dans une sorte de mirage. De même que, chez les Arabes, toute anecdote placée sous Haroun al-Raschid, et qu'au moyen âge, l'historiette arrivée du temps du roi Jean, recevaient de là un caractère particulier de liberté et de franche allure; de même il suffisait d'écrire en tête d'un récit : « Or il arriva, du temps que les Juges jugeaient en Israël », ou bien : « C'était une vieille coutume en Israël du temps des Juges », pour que l'auréole poétique fût créée, «t que l'esprit fût tout d'abord préparé aux idylles et aux récits dégagés de piétisme. Toutes les licences étaient couvertes, si l'on terminait les passages un peu choquants au point de vue de la piété moderne par celte formule : « Et, en ce temps-