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Livre de Ruth

LES BENI-ISRAÉL A LÉTAT DE TRIBOS FIXÉES. 369

là, il n'y avait pas de roi en Israël; chacun faisait ce qui lui plaisait. » Le temps des Juges devint ainsi comme une continuation de celui des patriarches. Le Livre de Rutk nous est resté comme la perle de cet état littéraire où il suffit de présenter la réalité telle qu'elle est, pour que tout soit inondé de chauds et doux rayons.

C'est là que l'homère des Grecs est égalé et le cycle arabe tout à fait dépassé. Pas une ombre d'arrière-pensée littéraire, un grain de la plus innocente fiction suffisant à l'idéal. Pas de loi, si ce n'est celle que dictent de vagues élohini. Ruth, et Booz sont frappés pour l'éternité, à côté de Nausicaa et d'Alcinoûs. Plus l'humanité s'éloignera de la vie primitive, plus elle se plaira en ces contrastes charmants de pudeur et de naïveté, dans ces mœurs à la fois simples et fines, où l'homme, sans obéir à aucune autorité supérieure, ni loi. ni cité, ni ro'*, ni empereur, ni religion, ni prêtre. a vécu plus noble, plus grand et plus fort que quand mille conventions l'ont enserré et que des siècles de disciplines successives l'ont pétri.

Grâce aux poèmes homériques, nous avons le tableau de la vie des tribus hellènes à l'époque parallèle à celle des Juges. L'analogie est grande. Bien que séparées par un abîme au point de vue de

l'ethnographie et de la géographie, les tribus hellènes et les tribus israélites portaient au front les mêmes caractères d'enfance poétique. L'Hellène croit à des forces divines plus nombreuses, plus radicalement distinctes que l'Israélite. Mais l'état moral est peu différent. L'intervention divine dans les choses humaines et naturelles est continue. L'idée du sacrifice est à peu près la même de part et d'autre. Le dieu grec pourtant est plus identifié avec son hiéreus, que le dieu Israélite avec son cohen. L'idée du dieu protecteur est encore plus forte chez l'Hellène que chez l'Israélite. Le dieu de l'Israélite est susceptible de devenir le Dieu universel, et on n'en peut dire autant d'aucuii des dieux grecs, même de Zcus. On sent que Zeus n'arrivera pas à tuer ses parèdres; tandis que lahvé est destiné à n'avoir bientôt plus de parèdre.

Les idées sur les oracles se ressemblent dans les deux races. Le serment, surtout le serment d'extermination, le héreniy est plus terrible chez les Israélites; il y a là un germe de fanatisme très dangereux. Les sacrifices humains sont, de part et i'autre, à l'état de reste sporadique d'un mal antérieur. Le culte diffère peu; pas de temple*, presque

1. Le temple, dans les poèmes homériques, n'est encore que le haut lieu, Téi^ivo; et Puixi; (bama hébreu et phénicien). Cf. sur-

pas d'ustensiles de culte; le sacrifice ne se sépare pas du festin religieux, et réciproquement tout festin est un sacrifice; la part des dieux y est liturgiquement réservée.

La morale de l'Hébreu du temps des Juges et de l'Achéen des temps homériques se valent à peu près. L'état social du monde est le brigandage, la guerre de tous les groupes humains contre tous. Dans l'intérieur des groupes, le lien de garantie est très fort. Un Danite ne tuera jamais un Danite, il le vengera toujours; mais un Danite pourra fort bien avoir de très mauvais procédés pour un Zubulonite. Deux Israélites, cependant, admettront tout d'abord entre eux un lien de fraternité. Quant à ce qui n'est pas Israélite, tout membre de la famille d'Israël n'y verra qu'un ennemi. Il en est de même chez les iribuïi helléniques. Le fond de douceur et d'humanité qui est dans les grandes races inspire déjà quelques règles, dont les dieux ont souci. Les dieux veulent le bien très faiblement; cependant ils le veulent, et il y a des crimes qu'ils punissent. Ces punitions ont lieu ici-bas. Lésâmes des morts sont sous terre, dans des lieux sombres, menant

tout//tarf<?, vin, 48;XXHI, U8; Odyssée. VIII 363. Voir la belle réflexion de Socrate, Xénophon, 3Iem., III, vm, 10.

une vie fort ressemblante au néant. On réussit quelquefois à les évoquer de là, par exemple en leur donnant du sang à boire. Y a-t-il une différence dans leur sort, selon qu'ils ont été plus ou moins criminels, plus ou moins innocents? La tendance vers l'idée de récompense et de châtiment d'outretombe est bien plus prononcée chez les Hellènes que chez les Israélites. On sent que, quand l'idée de la justice s'éveillera, l'Israélite voudra que cette justice s'exerce ici-bas, et que l'Hellène se consolera bien plus facilement dos iniquités du monde avec les rêves du Phedon.

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