I Sam., IX, 19 ; x, 2 et suiv
-i. Nombres, xxiv. 3-i.
Et qui sait la science du Très-Haut, Qui voit la vision du Tout-Puissnnt, Qui tombe, et alors ses yeux s'ouvrent.
Le parallélisme, qui est la rime des Sémites, naissait et produisait ses premiers miracles. Ce timbre charmant enivrait les auditeurs, et le masal, imitant le cliquetis des cymbales, semblait venir du ciel. L'homme primitif est bien plus sensible que nous au langage rythmé. La cadence saisit ses nerfs et produit sur eux une sorte d'effet de vibration par consonance, qui peut aller jusqu'à des ébranlements maladifs.
Le prophète fondait son autorité sur des signes, c'est-à-dire sur des prédictions facilement vérifiables, dont l'accomplissement devait être la preuve du caractère divin de son inspiration*. Saisir habilement les coïncidences, devait être une partie essentielle de l'art du prophète. Une crédulité sans bornes lui offrait pour cela des facilités dont nous ne pouvons plus nous former une idée. « Et maintenant*, mettez-vous là, et voyez la grande chose que lahvé va faire à vos yeux. C'est aujourd'hui la moisson du froment. Eh bien, j'invoquerai lahvé,
i. I Sam., IX, 19 et suiv. ; x, 2 et suiv. 2. I Sam., xii, i6 et suiv.
et il fera des tonnerres et de la pluie... » Et Samuel invoqua lahvé, et lahvé fit tonner et pleuvoir ce jour-là, et le peuple craignit beaucoup lahvé et Samuel.
Ce Samuel, qui est le plus célèbre des prophètes du type nouveau, aurait eu, s'il fallait en croire l'histoire convenue, un rôle des plus considérables dans le triomphe du iahvéisme et l'organisation d'Israël. Comme en ce qui concerne Moïse, il faut faire ici une grande part à la manie d'antidater les idées, qui est une loi générale de l'histoire religieuse. La vie de Samuel ne nous est guère connue que par des documents légendaires. Il semble bien, cependant, que son action dans la lente croissance du dogme d'Israël fut réelle, quoique non comparable à celle des prophètes du ix" siècle. Il était du village de Rama ou Ramataïm-Sophim, près de Gibéa en Benjamin*. Son rôle tint à la fois du juge et du prophète. Son pouvoir eut pour cause l'influence tout à fait dominante qu'il savait exercer sur les assemblées du Mispa. Chaque année, il faisait une tournée à Béthel, à Gilgal, à Mispa. 11 y tenait des espèces d'assises, et jugeait souverainement les alïaires du pays. Son activité
1. Aujourd'hui Er-Ram, à une lieue au nord do Jérusalem. Voy. llol>iii»oii, l,p. ^58-459; II, p. 7 et suiv.
lES BENI-ISRAËL A L'ÉTAT DE TiilBUS FIXÉES. 383
s'exerça surtout en Benjamin et dans le sud d'Éphraïm. Sa maison de Rama était le centre des affaires de ces cantons. Quant à Sichem, à Galaad ei aux tribus du Nord, l'autorité de Samuel ne paraît pas y avoir été connue.
Les Philistins continuaient à battre Israël dans presque toutes les rencontres. Samuel réussit à persuader à une partie du peuple que la cause de €es désastres était dans ses infidélités à lahvé*. 11 fut convenu qu'on écarterait les Baals et les Astartés. Il y eut, ce semble, une scène de réconciliation solennelle à Mispa. Le peuple puisa de l'eau et la versa devant lahvé, puis il jeûna; Samuel offrit des sacrifices'.
A la rencontre suivante avec les Philistins, il tonna. Les Israélites furent encouragés par celle manifestation de lahvé. Les Philistins, qui devaient savoir que lahvé était un dieu céraunien, tremblèrent et fuirent jusqu'au-dessous de Beth Car. Samuel éleva un monument de celle bataille entre Mispa et ce qu'on appelait la Dent, et lui donna pour vocable « la Pierre du secours ». C'était près de l'endroit où avait été livrée, quelques années
1. Cf. Cantique de Débora, v. 8, en tenant compte des doutes exprimés ci-dussus, p. 309, note 2 et p. 312. 2. 1 Sam., VII. Rite analogue, Juges, xx, 21.
auparavant, la bataille malheureuse d'Afeq.
Samuel aurait marqué un point plus important encore dans le développement d'Israël, s'il était vrai qu'il eût établi, dans l'arche ou près de l'arche *, le séfei\ c'est-à-dire le registre ouvert sur lequel s'inscrivirent les premières écritures d'Israël. L'arche aurait ainsi une signification plus haute, s'il est possible, que celle d'avoir fondé le monothéisme, puisqu'elle aurait été le berceau de la Bible, le premier archivium de l'histoire de l'humanité. Mais les bases d'une telle opinion sont bien faibles '. On n'a pas la preuve que Samuel ait écrit ^ Ce qui peut être vrai, c'est que, de son temps, l'usage de l'écriture fit en Israël certains progrès.
Jusqu'ici, l'écriture n'avait été d'un usage com-
i. mn"» ••:d'7. I Sam., X, 25.
2. La façon dont est racontée l'érection de l'Ében-ézer (I Sam., VII, 12) semble supposer encore un usage rare de l'écriture.
3. I Sam., X, 25 est un texte de peu de valeur. Il appartient aux parties les plus faibles de l'histoire de Samuel. L'expression DD'jDn :2DC'D (1 Sam., x, 25) ne désigne pas une constitution ou règle de la royauté. C'est bien plut6t lo morceau transcrit ch. viii, 9 et suiv., que Samuel est censé vouloir conserver, pour que l'on voie un jour combien il a eu raison dans ses prédictions conîro la royauté. Le sens de "j^Dn IDDU?D est t le caractère d'un roi, le type d'un roi >. Comp. Juges, xiii, 12; xviii, 7^ Il ItoiK, I, 7, cl Toxpression fréquente tSDll'CS.
mun ni parmi les Israélites, ni parmi les Chananéens. Nous disons, d'un usage commun; car u^e distinction est ici nécessaire. La question de l'origine de l'écriture chez un peuple n*est pas aussi simple qu'on le croit. Autre chose est le fait de connaître l'alphabet, autre chose de s'en servir pour écrire des textes suivis. Un peuple peut avoir durant des siècles l'écriture, sans pour cela en faire un usage littéraire. En est-il un exemple plus frappant que celui des Latins et des populations italiotes, dont l'alphabet est plus archaïque que celui des Grecs, et qui pourtant n'ont commencé d'avoir une littérature que vers 200 avant Jésus-Christ? Cela dépend en grande partie des substances sur lesquelles on écrit, de la cherté de ces substances, des facilités qu'on a pour se les procurer. On ne bavarde pas sur la pierre et le métal comme sur le papyrus devenu à bon marché. Les Grecs, avant d'écrire leurs grandes compositions, souvent prolixes, eurent un âge de parcimonie graphique, où ils comptaient leurs lettres en quelque sorte', et confiaient le plus de choses possible à la mémoire. Les Sidoniens, les Channnéen?, les Israélites connurent aussi durant des siècles
1. Traité des Ëléeus ot des Iléréens. Corpus inscr. gr., n" 11. 1. 25
Talphabet cadméen, sans l'employer à des usages littéraires ou sacrés.
On écrivit certainement sous David. Jl est même permis de croire que, bien avant David, on fixa en caractères alphabétiques des listes* d'hommes et d'objets, des généalogies, toutes sortes de détails matériels que la mémoire garde mal. Les pièces rythmées, que la mémoire, au contraire, garde parfaitement, furent écrites relativement tard. L'inscription de Mésa, dont nous possédons la pierre originale au musée du Louvre, est k peine postérieure de deux cents ans à Samuel. Or le pays de Moab ne paraît avoir devancé en rien, à cette époque, les pays voisins. Le mouvement qui commence en Israël vers 1100 avant Jésus-Christ, et qui prépare le siècle de David et de Salomon, fut trop profond, trop riche de conséquences, pour qu'il se soit passé dans l'état d'inconscience d'un peuple qui n'écrit pas.
On ne voit pas, du reste, que Samuel ait introduit le moindre changement dans l'état religieux qu'il trouva établi. lahvé fut sans doute exclusivement son dieu personnel, mais il admettait que Ton se servît des noms de Baalet de Milik». Il ne