COMMENCEMENTS DE DAVID. — MORT DE SAOL
« Et la guerre avec les Philistins fut violente durant tous les jours de Saûl, et, chaque fois que Saûl voyait un homme brave et fort, il se l'attachait'. » Ces mots paraissent avoir été le début du chapitre concernant David dans le livre des Guerres de lahvé. Ils sont le plus bel éloge de Saûl et résument parfaitement son rôle historique. Saiil fut l'organisateur d'une chose qui n'avait pas existé jusque-là : l'armée Israélite. Mais, en général, dans l'histoire, l'homme est puni de ce qu'il fait de bien et récompensé de ce qu'il fait de mal. Cet esprit accueillant de Saûl devait mettre en évidence l'homme qui allait le miner, lui et sa mai-
i. I Sam., XIV, 52,
son. Le sort de ceux qui ont travaillé à une oeuvre est souvent de la voir passer en des mains plus capables de la faire réussir, et ainsi de voir leur création se continuer mieux que par eux, sans eux. L'histoire est tout le contraire de la vertu récompensée. La famille du véritable fondateur de la force d'Israël fut exterminée. Le condottier sans scrupules qui prit sa place devint le roi « selon le cœur de Dieu », l'aïeul censé de Jésus, celui que l'opinion de l'humanité a couronné de toutes les auréoles. Telle est la justice de lahvé; le monde appartient h ceux qui lui plaisent.
Dans une des campagnes contre les Philistins, dont le théâtre fut le ouadi des Chênes, près de Soco, et Éphès-Dammim, en Juda *, on commença de remarquer un Bethléhémite nommé Daoud ou David, fils d'Isaï*. Ce jour-là, on admira surtout rhéroïsme d'un certain Ëléazar, fils de Dodo,
1. II Sam., xxiif, 9 et suiv., corrigé par I Ghron., xi, 12 et suiv., XXVII, 4. Comp. I Sam., xvii, I.
2. Mém. sur les Noms théophores apocopes, dans la Revue des études juives, oct.-déc. 1882, p. 108-169. Voy. ci-dessus, p. 31-32. Comparez Dodkarib dans les inscriptions liimyaril.es {Corpus, n" 5). On a pu croire que le nom de David figurait dans l'inscription de Mésa, sous la forme mn équivalente du MM biblique ; cela est très douteux Cf. Journal des savants, l"* mnrs
rAhohile *, qui, presque seul, arrêta les Philistins vainqueurs. David fut tout le temps à côté de lui, combattant avec rage. La réputation du jeune guerrier grandit promptement. Il était brave, hardi, adroit et, à l'égal des Benjaminites, excellent frondeur. Mais ce qu'il avait de plus extraordinaire, c'étaient ses qualités civiles et sociales. 11 naît parfois, dans cet Orient sémitique, habituellement dur et rébarbatif, des prodiges de grâce, d'élégance et d'esprit. David fut un de ces charmeurs. Capable des plus grands crimes, quand les circonstances l'exigeaient, il était capable aussi des sentiments les plus délicats. Il savait se rendre populaire; dès qu'on le connaissait, on s'attachait à lui*. Son type de figure tranchait sur les visages basanés de ses contribules. Il avait le teint rose, des traits fins et aimables \ une parole douce et aisée*. De très anciens textes le présentent comme habile cithariste et poète exercé''.
i. Âhoh était un sous-clan de Benjamin. 2. I Sam., XVI, 21, 22.