‹ Histoire du peuple d'IsraëlChapitre 277 sur 280 · II Sam., II, 5 cl suiv · texte numérisé non relu

II Sam., II, 5 cl suiv

La reconnaissance qu'il devait à la famille de Saiil ne l'arrêta pas beaucoup. Il se contentait de ne parler qu'avec respect et componction de Saûl et de Jonathas ; il crut ne rien devoir à Isbaal. Ce dernier paraît avoir été un homme très médiocre, gouverné en tout par Abner. De Mahanaim, Abner l'amena dans le pays de Benjamin, où la maison de Saûl avait ses racines les plus profondes. Le premier choc entre ses partisans et ceux de David eut lieu à Gabaon. Joab et Abner, chefs des deux corps ennemis, se rencontrèrent des deux €Ôtés du réservoir encore visible aujourd'hui. On débuta par un combat singulier de douze contre douze; puis eut lieu une bataille, où l'avantage resta aux gens de David.

Les trois fils de Serouïa firent ce jour-là d'étonnantes prouesses. Asaël, qui excellait à la course, s'attacha h tuer Abner. Celui-ci le tua, non sans regret, car il voyait bien que cela mettait du sang entre lui et Joab. Joab et Abisaï pousuivirent Abner dans la direction du Jourdain. Mais les Benjaminites se retirèrent en bon ordre et se reformèrent en bataille sur le sommet d'une colline. On parlementa. Les geno d'Abner réussirent à repasser le Jourdain et à joindre Mahanaïm. Joab et sa troupe marchèrent toute la nuit et gagnèrent Hébron.

Asaël fut enterré dans le tombeau de sa famille à Bethléhem.

Celte guerre d'escarmouches entre les deux royautés se continua longtemps. David grandissait de jour en jour, et Isbaal baissait. Une querelle de harem mit la division entre Isbaal et Abner. Ce dernier commençait à trouver du bon dans le syrtème d'un seul roi de Dan à Beerséba. On se fit des concessions des deux côtés. David exigea comme condition préalable qu'on lui rendît sa femme Mikal, fille de Saiil ; ce qui lui fut accordé, malgré les instances du nouveau mari de Mikal. Abner travaillait maintenant avec passion à la réconciliation des deux partis. Les généraux d'Isbaal se laissèrent presque tous gagner. Abner vint à Hébron accompagné de vingt hommes. David le reçut avec les apparences de la cordialité. Abner se chargea de tout disposer pour une prompte pacification.

On avait compté sans l'honneur de Joab, absolument engagé, selon les idées hébréo-arabes, à venger la mort d'Asaël. Joab était absent d'Hébron pour une course de pillage, quand Abner y vint. A son arrivée, il apprit qu'Abner regagnait lran(iuillement le territoire de Benjamin. Il reprocha h David d'avoir laissé échapper un tel homme, s'arrangea de façon qu'Abner retour-

nât à Hébron, l'attira entre deux portes et le tua. David prolesta qu'il n'était pas responsable de la mort d'Abner, que Joab seul avait tout fait. Il prononça même contre ce dernier une malédiction des plus terribles, sachant bien qu'elle n'aurait pas grand effet. Il voulut qu'on prît le deuil et qu'on fit à Abner des funérailles solennelles à Hébron. Lui-môme suivit le cercueil, pleura à haute voix sur le tombeau et composa une élégie pour Abner, comme il en avait composé une pour Jonathas. On n'en a conservé qu'un couplet, qui a l'air par moments d'impliquer un peu d'ironie.

Fallait-il qu'Abner mourût comme un misérable ! Tes mains pourtant, mon cher, n'étaient pas garottées, Tes pieds n'étaient pas pris aux entraves d'airain; Tu es tombé comme on tombe devant les scélérats*.

David affecta d'être inconsolable. Il fallut le forcer de prendre de la nourriture. Quelques-uns purent trouver singulier que, nonobstant ce désespoir, il ne tirât aucune punition de Joab. David fit observer que, bien que roi, il n'avait pas grand pouvoir, que ces gens-là (les fils de Serouïa) étaient plus forts que lui, et il adjurait lahvé de les punir.

1. II Sam., III, 33 et suiv. Cette élégie vient sans doute du lasar, comme l'élégie sur la mort de Jonalhas.

On crut ou feignit de croire à sa sincérité, et on l'approuva sans réserve. En réalité, tout le profit de l'assassinat fut pour lui. Abner eût été pour sa politique un très grand embarras, et, d'ailleurs, la mort de ce chef de bandes était le dernier coup porté au parti d'Isbaal.

Ce malheureux, à Mahanaïm, était abandonné de tous. Il fut assassiné, pendant sa sieste, par deux Benjaminites de Beëroth, qui apportèrent sa tête à Hébron. David éclata comme toujours en propos indignés, ordonna de couper les pieds et les mains aux deux assassins, puis les fit mettre en croix près du réservoir d'Hébron. La tête d'Isbaal fut mise dans le tombeau d*Abner. Son règne chance- Jant avait duré à peu près deux ans.

Grâce à ce second meurtre, dont David déclinait si énergiquement la responsabilité, la royauté d'Israël était définitivement faite. Le fils d'Isaï avait réussi; son trône était fondé pour près de cinq cents ans. Les tribus vinrent lui faire leur soumission à Hébron. « Nous sommes tes os et ta chair, lui dirent-elles. Déjk autrefois, quand Saûl était roi, c'était toi qui menais Israël au combat. C'est à t)i que lahvé a dit: «Tu feras paître mon peuple » et seras prince sur Israël. » Le pacte fut scellé par des serments. David reçut l'onclion (l'Iiniio et

fut, à partir de ce moment, une chose inviolable «t sacrée.

Ainsi ce que n'avaient pu faire ni Éphraïm, ni Galaad, ni Benjamin, Juda le réalisa pleinement. Hébron devint la capitale d'Israël. David continua d'y résider encore cinq ans et demi. Sa famille commença de s'y fonder. Il contracta des alliances, en particulier, avec Talmaï, roi de Gésur*, dont il épousa la fille Maaka. Ahinoam lui donna son fils aîné, Amnon. Abigaïl lui donna Kileab (ou Delaïa)^ Maaka lui donna Abs^alom. Haggitlui donna \doniah ; Abital lui donna Sefatiah ; Égla lui donna ttream.

David n'avait plus de rival. De la famille de Saûl, Il ne restait qu'un enfant infirme, Meribaal ", fils de Jonathas. Il avait cinq ans lorsqu'arriva la nouvelle relative à la mort de Saùl et de Jonathas; l'esclave à qui il était confié s'enfuit avec tant de hâte, qu'elle le laissa tomber; ce qui le rendit boiteux des deux pieds *. Nous assisterons aux diverses péripéties de la vie agitée de cet infortuné.

1. Il s'agit sans doute de Gésur, dans les déserts du Sud-ouest: Jos., XIII, 2; I Sam., xxvii, 8.

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