DAVID ROI DE JERUSALEM
Hébron était une ville hittite, centre d'une ancienne civilisation, dont la tribu de Juda avait, à quelques égards, hérité* . C'était incontestablement la capitale de Juda, une ville d'un haut caractère religieux, pleine de souvenirs et de traditions. Elle avait de grands travaux publics, de belles eaux, une piscine vaste et bien entretenue. L'unification d'Israël venait de s'y faire. Il était tout à fait naturel que Hébron devînt la capitale du nouveau royaume. Sa latitude la plaçait, il est vrai, à une distance bien considérable des tribus du Nord; mais la situation excentrique n'a pas coutume, en pareil cas, d'être une grande difficulté. Paris n'est
\. On trouve encore des llillites vers le temps do David. Ainsi Ahiméick le Hittite, I Sam., xxvi, (3 * Urie le Ilitlilc, Il Sam., xxiu, 3U. Cf. II Sam., xi,3.
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pas au milieu de la France, ni Berlin au milieu du l'Allemagne unifiée.
Il n'est pas facile de dire ce qui détermina David à quitter une ville qui avait des droits si antiques et si évidents, pour une bicoque comme Jébus, qui ne lui appartenait pas encore. Il est probable qu'il trouva Ilébron trop exclusivement judaïle. Il s'agissait de ne pas choquer la susceptibililé des diverses tribus, surtout de Benjamin. Il fallait une ville neutre qui n'eût pas de passé. C'est là sans doute ce qui empêcha David de songer pour capitale à sa patrie, Bethléhem. La colline occupée par les Jébuséens était juste sur la limite de Juda et de Benjamin, et elle était Tort rapprochée de Bethléhem.
La position était très avantageuse. Une petite source, dans l'intérieur des murs*, permettait de supporter un siège. Certes, une grande capitale aurait été gênée dans un tel site; mais de très grandes villes n'étaient ni dans le goût ni dans l'aptitude de ces peuples. Ce qu'ils voulaient, c'étaient des citadelles ou la défense fût facile. Le lerousalaïm des Jébuséens^ se présentait dans ces conditions. Les Jébuséens prétendaient que leur ville
i. Ce qu'on appelle aujourd'hui la fontaine de la Vierge. ?, Voy, ci-dessqs, p,2i0-24l.
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était imprenable. Ils disaient à David: « Tu n'entreras jamais ici. Les aveugles et les boiteux suffiraient à te repousser. » On prit dès lors, par plaisanterie, l'habitude d'appeler la population jébuséenne « les aveugles et les boiteux » ,et ce fut un proverbe à Jérusalem : « Les aveugles et les boiteux à la porte * ! » La ville jébuséenne se composait de la forteresse de Sion, qui devait être située vers l'emplacement actuel de la mosquée el-Aksa^ et d'une ville basse qui descendait de là vers la source, qu'on appelait le Gihon. David prit la forteresse de Sion, donna la plus grande partie des terrains environnants à Joab ', et probablement laissa la ville basse
1. H Sam., V, S. Je lis p"":; au lieu de "Wj^i. Cf. Act. apost. III, 2; Evang. Joli., ix, I (cf. viii, 51J).
2. La vraie position de Siou a été lixce déliiiilivement sur la colline Di-icnlale de Jérusalem par les travaux de MM. Schick, Gulhe, Klaihcr. Voir la Zcitschrifi dcr deuUchen Palœsiina- Verein, t. III, IV, V (1880, 1881, 1882); Gullic, Ausgrabungcn bel Jérusalem {\.c\[)z\s, 1883); Zimmerniann, Topogr. des alten Jérusalem (Bàlc, 1S7G). — Le prclcnilu mont Moriii doit être écarté d'une topographie sérieuse de Jérusalem. Le nom tic Moria est symbolique dans Gcn., xxn, 2, cl c'est par une supposition dénuée de toute valeur que l'auteur des Clironiques (11, iir, i) identifie ce lieu idéal avec la colline où Salomon bàiit le leinplc. F-e nom de Moria n'est pas prononcé dans les livres vrainieiii liistoriqucs.
3. I Chron.,xi, 6, 8, passage de peu de valeur assurément, et on contradiction avec les récils du II" livre de Samuel, cli. v, mais qui doit être fondé sur (luclijue tradition relative à Joab.
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aux Jébuséens*. Cette population, réduite à une situation inférieure, s'atrophia devant le nouvel apport Israélite, et c'est ainsi que le quartier d'Ophel est resté sans grande importance dans l'histoire de Jérusalem.
David rebâtit la haute ville de Sion, entre autres la citadelle ou millo^ et tous les quartiers voisins. C'est ce qu'on appela la ville de David'. L'argent que David avait gagné avec ses bandes d'Adullam et de Siklag lui permettait les grandes constructions. Tyr était alors le centre de la civilisation dans la Syrie méridionale. Les arts, et en particulier l'architecture, y étaient très développés. Cet art lyrien^ ou, si l'on veut, phénicien, c'était l'art égyptien, modifié selon la nature des matériaux de la côte de Syrie. La Syrie n'a ni marbre, ni granit, à comparer a ceux de l'Egypte; mais les bois que fournissait le Liban étaient les plus beaux du monde. De Tyr, l'on vit s'abattre sur Jérusalem une nuée de constructeurs, de tailleurs de pierres, de charpentiers et d'ouvriers en bois, ainsi que des charges de maté-
1. Juges, 1, 21 ; Berlhcau, sur ce passage; Zach., ix (très ancien), 7.
2. Les « degrés de la ville de David > (Néhém., xii, 37), marches taillées dans le roc, qui donnaient accès de la vallée du Cédron à la ville de David, ont été retrouvés. Voir Gutbe, op. cit.t p. 243, et Zimmermann, carte iv, n' 16.
riaux tels que n'en produisait pas la Judée, surtout de bois de cèdre. Ces artistes tyriens construisii ent à David un palais près du Millo, dans la haute ville de Sion, vers Tangle sud-est du Harâm actuel. L'art proprement dit était reste jusque-là étranger à ces contrées. Le prestige qui en résulta pour David dut être extraordinaire. Jamais la terre de Chanaan n'avait rien vu qui approchât de cette force et de cet éclat.
Quanta Israël, David lui donna ce qui lui avait manqué essentiellement jusque-là, savoir une capitale. Il y aura des schismes, des protestations; il faudra du temps pour que cette capitale soit aimée, rêvée, adoptée par tout Israël. Mais la pierre angulaire est posée, et, comme les sympathies et les haines d'Israël ont été embrassées par le monde entier, Jérusalem sera un jour la capitale de cœur de l'humanité. Cette petite colline de Sion deviendra le pôle magnétique de l'amour et de la poésie religieuse du monde. Qui a fait cela? C'est David. David a réellement créé Jérusalem. D'une vieille acropole, restée debout comme le témoin d'un monde inférieur, il a fait un centre, faible d'abord, mais qui bientôt va prendre une place de premier ordre dans l'histoire morale de l'humanité. Gloriosa dicta sunt de te, civilas Dei. Durant des siècles, la
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possession de Jérusalem sera l'objet de la bataille du monde. Une attraction irrésistible y fera confluer les peuples les plus divers. Cette pierreuse colline, sans horizon, sans arbres et presque sans eau, fera tressaillir de joie les cœurs, à des milliers de lieues. Tout le monde dira comme le pieux Israélite : Lœtatus sum in his quœ dicta sunt mihi: In domum Domini ibimus.
Chaque agrandissement d'Israël était un agrandissement de lahvé. Le iahvéisme, jusqu'ici si peu organisé, va maintenant avoir une métropole et bientôt un temple. Il faudra encore quatre cents ans pour que cette métropole devienne exclusive des autres lieux de culte ; mais la place est fixée; entre tant de collines que lahvé aurait pu préférer, le choix est fait*. Le champ du combat religieux est marqué.
David fut l'agent inconscient de ces grandes désignations humanitaires. Peu de natures paraissent avoir été moins religieuses; peu d'adorateurs de lahvé eurent moins le sentiment de ce qui devait faire l'avenir du iahvéisme, la justice. David était iahvéiste, comme Mésa, ce roi de Moab dont nous avons la confession, était camosiste. lahvé était son