CHAPITRE IX
RELIGION DES BEKI-ISRaEl.
Une religion sans dogme, sans livre et sans prêtre, est forcément très ouverte aux influences du dehors. Aussi les anciens Hébreux admettaient-ils, avec une facilité que les hommes graves blâmaient énergiquement, les rites des peuples voisins. L'usage d'envoyer des baisers d'adoration au soleil et à la lune les frappait d'étonnement; ils étaient tentés de l'imiter *. Les lieux saints des Chananéens surtout leur inspiraient un respect mêlé de crainte. La ville chananéenne de Luz avait un endroit que la croyance populaire entourait de terreurs et de visions. On le considérait comme la porte du ciel, comme le pied d'un vaste escalier ou
i. Job, XXXI, 26 et suiv.
lis HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL.
pyramide à gradins (sullam), qui de la terre s'élevait Jusqu'au ciel*. Les élohim occupaient le sommet;, leurs messagers montaient et descendaient sanscesse, mettant la terre en communication avec lé monde supérieur. Les anciens patriarches hébreux eurent une grande vénération pour ce lieu; ilsl'appelaient comme tout le monde, Béthel, c'est-àdire maison ou temple de Dieu^ Luz, outre son< sullam, possédait un de ces cippes ou a7isab oints d'huile, dressés par des adorateurs inconnus, maisque les nouveaux venus tenaient pour aussi sacrés que s'ils les avaient élevés. Les Israélites adoptèrent, le cippe de Béthel, comme plus tard Mahomet fut forcé d'adopter la Caaba. On prétendit que la stèle en question avait été élevée par le patriarche Jacob ^; ce qui fit de cet endroit le premier sanctuaire de la Palestine. Le Dieu de Béthel fut consi-^ déré comme le maître spécial du pays; il fut censé en disposer comme d'un bien qui lui appartenait;
1. Gen., xxvin, 1?, 13: Sur le sens de D^D, comparer Inscription de Palmyre, n" H (Vogué).
2. Gon'., XII, 8; XIII, 3; xxviii, 10-22; xxxi, 13; xxxv 1 et suiv. Tous ces passages de l'histoire de Jacob sont fortement polythéistes.
3. (]on., xxYiii, 19. Ce n'est pas la pierre, c'est le lieu (]u& Jacob .ippolle Héihel. Le rapprochement avec bétyle (Sanchonia- Ihon) reste douteux.
LES BENl-ISRAÈL A L'ÉTAT NOMADE. 119
plus tard, on ridentifia avec lahvé, et l'on supposa que le peuple israélite avait reçu de ce puissant Dieu local une donation en forme, constituant son titre à la possession de la Palestine K II était admis que chaque peuple tenait de son dieu la terre dont il était propriétaire; il est vrai que souvent ce môme [dieu prenait la terre des autres pour la donner à son peuple favori ^.
Une masse est toujours idolâtrique, et les puritains du clan israélite avaient fort à faire pour empêcher les gens peu éclairés, surtout les femmes, de pratiquer les superstitions araméennes et chananéennes.Le principal abus éiail celui des ter aphim, sortes d'idoles, probablement en bois sculpté, qu'on portait avec soi et qu'on envisageait comme des espèces de dieux Lares et d'oracles domestiques ^. Les sages protestaient contre ces folies. Le nom de lahou ou lahvô, équivalent de El, était sûrement fort respecté ; cependant les sages, en ces temps très anciens, semblaient voir un danger dans ce nom propre, et y préféraient les noms de El, de Elion, de Saddaï, d'Élohm. Le nom d'Abir
1. Gen., XIII, 34; xxviii, 13-16, 20, 21. Voir ci-dessus, p. 35.
2. Juges, XI, 21, et en général tout le message supposé de Jephté.
3. Gen., xxxi, 19, 30, Si (comp. Gen., xxxv, 2, 4); Juges, xviii, 4 et suiv. (comp. xvii, 5); 1 Sam., xix, 13, 16.
Iakobj (tf.e Fort de Iakob » * fut longtemps affectionné et devança, dans l'usage vulgaire, le nom de lahvé.
L'offrande des prémices, et par conséquent des premiers-nés, à la Divinité fut une des idées les plus anciennes des peuples dits sémitiques. Moloch et lahvé, en particulier, étaient conçus comme le feu qui dévore ce qui lui est offert, si bien que donner à Dieu, c'était donner au feu à manger. Ce qui était mangé par le feu était mangé par Dieu. Ainsi d'horribles malentendus s'établirent. Moloch fut un affreux taureau de feu*; offrir les premiersnés à Moloch, ce fut les offrir au feu, soit qu'on les laissât brûler, soit qu'on se contentât de leur faire traverser la flamme.
La conséquence de ces hideuses chimères était le sacrifice humain sur une échelle si effroyable, que très vite l'idée d'une substitution se présenta. Le premier-né était racheté par un animal ou par une somme d'argent'. C'est ce qu'on appelait t l'argent des vies » *. Le sage roi d'Our-Gasdim paraît avoir dû une partie du respect religieux dont
i. bénédiction de Jacob, morceau très ancien, Gen., XLix, 24.