INFLUENCE DE L'EGYPTE SUR ISRAËL
Ce séjour pacifique d'Israël dans le pays de Gosen fut peut-être assez long, infiniment moins long cependant qu'on ne le suppose généralement*. Nous en évaluerions la durée à un siècle. Ce fut un état stable, organisé, qui n'exerça pas néanmoins sur l'esprit du peuple une action assez profonde pour modifier ses idées patriarcales ni substituer les fables de l'Egypte au vieux fond des traditions babyloniennes qu'il portait avec lui. De môme que les Hyksos avaient donné à leur culte de Sydyk les formes de la religion égyptienne, de môme, en une certaine mesure, les Beni-Israël
1. Toute chronologie sérieuse fait ici défaut. Les textes sont incertains, contradictoires ot, d'ailleurs, dénués do valeur historique.
LES BENI-ISRAËL A L'ETAT NOMADE. Uî
durent accommoder leur vieux culte au goût de leur nouveau pays ; ou plutôt, à ce culte d'une simplicité toute bédouine, ils durent ajouter des observances qu'ils voyaient pratiquer autour d'eux, avec une foi entière en leur efficacité. Quelques parties, regardées plus tard comme essentielles de la religion d'Israël, datent de ce temps, et c'est ainsi que l'Egypte, quoique profondément païenne, se trouve avoir inséré des éléments importants dans la tradition religieuse de l'humanité.
L'Egypte avait, dès ces temps reculés, des textes sacrés et une littérature religieuse assez développée . Rien n'autorise à croire que ces textes aient exercé sur les Israélites la moindre influence. Les Israélites ne lisaient pas l'égyptien, et, si l'alphabet de vingt-deux lettres existait, ils ne s'en servaient pas. Il est probable que pas un seul des émigrés hébreux ne se trouva en rapport avec les prêtres qui enseignaient les mystères plus ou moins relevés de la théologie égyptienne. Ils n'auraient sans doute pas rencontré un seul de ces hiérophantes dans le canton à peine égyptien où ils demeuraient; d'ailleurs, de telles spéculations, à supposer qu'elles aient eu quelque sérieux, n'étaient guère dans la tournure de leur esprit. Rien de rare, rien de savant n'arriva jusqu'à eux. L'Israélite vit l'Egypte comme
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l'Arabe musulman voit les pays païens, uniquement par le dehors, n'apercevant que les surfaces et les apparences. Tout subit aux yeux de ces observateurs bornés de singulières transformations.
Les rapprochements entre la Bible et la sagesse égyptienne qui supposeraient une connaissance approfondie des secrets de l'Egypte doivent donc être écartés. Ce qu'on appelle le Décalogue a beaucoup d'analogie avec la confession négative du mort devant Osiris, au moment du jugement \ Mais ces petits codes de morale éternelle n'ont pas de date ; d'ordinaire, ils existent longtemps avant d'être écrits. Loin que l'Egypte ait perfectionné la religion israélite, nous croyons qu'en beaucoup de choses elle l'altéra.
Le culte de l'Egypte était fort idolàtrique ; le dieu habitait un lieu déterminé, un temple, une arche, des statues ; on lui faisait fête selon des rites compliqués. Nul doute que les Beni-Israël, comme les Hyksos, n'aient subi la contagion de ces idées. Il n'est pas probable que l'esprit de retour à la vie nomade les ait assez abandonnés pour qu'ils aient bâti des temples dans le pays de Gosen. Mais un usage qu'ils adoptèrent fut celui des arches ou tait Livre des morts, ch. 125.
bernacles, abritant derrière les ailes d'éperviers affrontés et sous une autre grande aile oblique, formant châle, l'image du dieu, invisible pour les profanes. Dans le rite égyptien, cette petite chapelle fermée était toujours superposée à une barque, que les prêtres portaient sur leurs épaules dans les processions ou dans les pérégrinations du dieu. C'était un naos portatif, grâce auquel le dieu pouvait quelquefois accomplir d'assez longs voyages sans être privé en route d'aucun de ses honneurs'. Dès leur séjour dans le pays de Gosen, les Israélites se firent sans doute une arche de cette sorte pour servir de centre au culte, passablement éclectique, qu'ils pratiquaient. Ils l'emportèrent probablement avec eux, quand ils quittèrent le pays. Cette arche était la chose du monde la mieux appropriée à la vie nomade. Elle les suivit dans tous leurs voyages à travers la péninsule du Sinaï. Nous la verrons prendre une importance extraordinaire et devenir le berceau de toutes les institutions religieuses d'Israël. La barque, qui était une partie essentielle de l'arche égyptienne, disparut dans cet
1. De ^oxigé. Étude sur une stèle égyptienne de la Bibl. Imp. Paris, 1858; île Vogué, le Temple de Jérusalem, p. 33; Lepsius, Denkm., Abth. III, Bl. .189 6; Wilkinson, A popular account of the ancient Egypt., t. I", p. 267 et 270.
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emploi nouveau ; ce qui resta, ce fut une sorte de grand coffre, garni de leviers pour les porteurs, et recouvert par des sphinx ou éperviers se regardant et repliant des deux côtés leurs ailes, de façon à constituer dans l'entre-deux une sorte de trône divin *. Comme, dans le langage populaire des Israélites, un sphinx s'appelait cherub, le privilège de s'asseoir entre les cherubs devint d'avance le privilège essentiel du dieu national ^.
Les pains sacrés, disposés sur une table devant le dieu, étaient une des bases du culte égyptien^. Les Israélites adoptèrent ce rite et le mirent en pratique dès q u'il f ut applicable, c'est-à-dire dès que leur culte eut quelque stabiHté. Ces pains étaient sans levain, ce qu'on tenait pour une condition particulière de pureté *. Les employer à un usage profane passait pour un sacrilège qui ne pouvait-être justifié que par une extrême nécessité.
De la religion égyptienne, les Israélites ne connurent ainsi que le dehors, des momerics, des fétiches. Le dieu serpent les poursuivit durant des siècles, à la fois cauchemar et talisman ^ Les tau-
i . Exode, XXV, xxxvii.
"2. I Sam., IV, 4; II Sam., vi, 2; Ps. lxxx, 2; xcix, 1, etc.