LE SENTIMENT NATIONAL
que le christianisme nous a familiarisés avec la conception haute et noble de la religion universelle. Mais qui ne voit qu'en partageant avec toute l'antiquité cette idée de la religion nationale, l'Israël ancien était mieux en mesure de conserver son monothéisme ? Car, si ses croyances l'enfermaient encore comme dans des barrières qui empêchaient les autres peuples de se mêler à lui, il y trouvait aussi une protection, puisqu'elles le défendaient contre la tentation de se rapprocher d'eux. Aussi la période des Juges, celle des débuts de la royauté et même on peut dire l'histoire entière d'Israël nous montrent-elles que toutes les fois que le sentiment national s'exaspérait sous la pression d'un danger qui menaçait un groupe ou la totalité des tribus hébraïques, c'était bien pour sauver l'honneur d' Israël, mais c'était au nom de l'unité religieuse qu'on se levait pour lui faire face : à chaque sursaut national correspondait un renouveau religieux.
Nous en avons vu maints exemples au cours de la période des juges. Dans la détresse où allaient sombrer l'indépendance ou même l'existence des tribus, le souvenir de l'antique alliance du Sinaï se réveille au fond des âmes ; c'est vers Yahwè que « l'on crie au secours » parce que l'on est son peuple ; pour mériter son aide, on lui rend une foi entière, exclusive, et l'on renie les autres dieux. La guérie qui va être entreprise est une guerre sainte, « la guerre de Yahwè » ; les ennemis que l'on va combattre sont « les ennemis de Yahwè » puisqu'ils sont ceux d'Israël l. C'est au nom de Yahwè que l'on convoque les Hébreux pour la bataille, qu'on loue ceux qui ont répondu à l'appel, qu'on insulte ou maudit ceux qui ne sont pas venus 2, et c'est en mêlant son nom au cri de guerre que l'on marche ensemble au combat 3. Quant au chef ou Juge qui dirige ce mouvement national de vaillance et de foi ou qui le provoque par son exemple de patriote et de croyant, il n'est que le représentant de Yahwè dont a l'esprit » a tout d'un coup et violemment pris possession de lui ; en se mettant sous ses ordres, c'est à Yahwè lui-même que l'on croit obéir.
La guerre qui manifestait dans toute sa vigueur le sentiment