‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 104 sur 168 · Juges, v · texte numérisé non relu

Juges, v

3. Juges, vu, 18 : « Pour Yahwè et pour Gédéon »! ; 20 : « Glaive de Yahwè et de Gédéon » !

de l'unité nationale exaltait donc aussi le sentiment religieux. Combien plus encore le faisait la victoire ! Elle ne marquait pas simplement une étape de plus dans la soumission de Canaan et la centralisation des tribus ; elle consolidait aussi la situation et relevait le prestige du yahwéisme. C'est que l'intérêt, il ne faut pas l'oublier, avait toujours été le mobile le plus efficace de la foi des tribus *. Celles-ci ne s'embarrassaient guère de considérations théologiques ; elles servaient Yahwè surtout parce qu'il était puissant et que, liées à lui par un pacte auquel elles n'avaient souscrit que parce que Yahwè les avait délivrées du joug de l'Egypte, leur avantage bien compris leur commandait de lui obéir et de l'honorer pour obtenir de lui de nouveaux bienfaits. Sens doute la séduction de la terre, l'attrait du culte cananéen, la faiblesse de leurs sens et l'imperfection de leur foi pouvaient les éloigner un instant de leur Dieu ; dans le besoin, elles étaient encore assez croyantes pour revenir à lui ; et Yahwè, patient et bon, ne les repoussait pas. Aussi toute nouvelle victoire, qui était un événement de plus dans cette série glorieuse des prodiges accomplis par Yahwè en leur faveur, formait-elle un chaînon de plus dans la chaîne qui les liait à lui. Victorieuses, les tribus ressentaient la fierté d'avoir un tel Dieu et l'orgueil d'être seules son peuple. Elles vantaient sa puissance terrible aux dieux vaincus ; elles se glorifiaient de son aide qui terrassait en se jouant des armées redoutables réputées invincibles ; elles se repentaient d'avoir été assez aveugles pour méconnaître trop longtemps leur unique sauveur et n'éprouvaient plus que du dégoût pour les dieux misérables qui les avaient trompées. Tant qu'elles restaient soulevées par cet enthousiasme religieux du soir de la victoire, c'était vraiment un triomphe pour Yahwè, une renaissance pour Israël, une défaite pour le paganisme de Canaan 2.

j. On a vu que l'alliance du Sinaï comportait pour le peuple la reconnaissance exclusive de Yahwè comme Dieu, et pour Yahwè, l'engagement de protéger son peuple élu. Aussi, quand les migrateurs, torturés par la faim ou par la soif, se croyaient abandonnés de Yahwè, ils parlaient plus ou moins ouvertement de retourner en Egypte. Nous verrons les prophètes lutter contre la conception trop intéressée que la masse se faisait de son Dieu national et de l'alliance conclue avec lui, en s'efforçant de mettre en relief les conditions morales que Yahwè avait mises à l'octroi de sa protection particulière.

2. Nous sommes trop peu renseignés sur la période des Juges pour constater dans le détail l'étendue du renouveau religieux qui suivait chaque victoire. Mais il

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Ces mouvements de ferveur nationale n'eurent guère, en général, qu'une durée éphémère ; cependant ils ne furent pas sans influence sur la vie religieuse d'Israël. Les yahwéistes fidèles en profitaient pour relever la tête et pour bafouer plus haut les faux dieux qui plaisaient à tant d'autres. Les poètes chantaient ces victoires fameuses, et leurs chants, recueillis dans des livres et répétés d'âge en âge, fixaient des souvenirs immortels, alimentaient la foi, ravivaient l'espérance 1. La masse du peuple ellemême qui, pour mieux célébrer ces faits mémorables, multipliait aux autels de son Dieu ses sacrifices cananéens et lui associait, dans ses actions de grâces, les plus odieuses divinités, la masse resta yahwéiste d'abord. Elle était trop convaincue que Yahwè, qui avait si fidèlement secouru son peuple, méritait de rester l'unique « Dieu d'Israël », pour en venir à l'abandonner jamais. Cet indéracinable sentiment national, qui survivait ainsi en elle parmi les pires défaillances, était peut-être le seul élément qui gardât quelque noblesse dans cette religion populaire, si lointaine de la religion révélée à Moïse. Il servait tout au moins à y maintenir à une certaine hauteur le nom et le prestige de Yahwè ; affiné, développé par le zèle des prophètes, il sera plus tard le principe le plus actif du relèvement ; pour le moment il facilitait en quelque mesure l'action des yahwéistes plus fidèles à l'idéal de la vraie religion.

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