‹ Histoire du peuple hébreu (volume 2)Chapitre 11 sur 168 · RESUME DE LA PERIODE PRECEDENTE · texte numérisé non relu

RESUME DE LA PERIODE PRECEDENTE

débouchent en arrière de cette place et, par plusieurs directions, donnent accès au massif montagneux. Mais ils ne s'y engagèrent point tous à la fois et tout d'un coup. Tantôt de petites bandes de maraudeurs et d'espions s'y glissaient prudemment et, n'ayant pas fait grand dégât, rentraient au camp avec quelques dépouilles, des prisonniers et des renseignements ; tantôt une troupe nombreuse et imposante montait en armes, cernait à l'improviste une ville fortifiée et s'en emparait par ruse ou par trahison. Dans leur manière de traiter les indigènes, les Hébreux cherchaient leur propre avantage en s'inspirant des circonstances. Ici, ils pactisaient avec ceux qui voulaient se rendre; là, ils transigeaient avec ceux qu'ils désespéraient de pouvoir réduire ; ailleurs, ils se bornaient à faire une razzia ; ailleurs encore, ils massacraient les vaincus qui avaient résisté et détruisaient à fond tous leurs biens s'ils en avaient voué l'anathème. Leur opération terminée, ils redescendaient à Galgala ; s'ils ramenaient un butin important, ils se le partageaient après avoir prélevé la portion de Yahwè. Ces diverses tentatives ne se terminaient pas toujours par le succès ; des échecs inattendus venaient parfois jeter la démoralisation parmi les Hébreux et retarder l'heure où ils se décideraient à quitter leur base de la plaine pour s'établir à demeure dans les montagnes de Canaan : ils furent peut-être plusieurs années de simples pillards avant d'être à même d'agir en vrais conquérants.

Les Cananéens, de tout temps habitués à ce genre d'incursions, finirent par s'inquiéter de voir celles des Hébreux si fréquentes et, dans l'ensemble, si heureuses. Les plus pacifiques, résignés à faire la part du feu, avaient demandé l'aman ; les plus décidés firent tête à l'ennemi. Telle fut la courageuse attitude des roitelets du Midi qui se trouvaient menacés de plus près ; à l'appel du roi de Jérusalem ils organisèrent une coalition : elle fut écrasée par Josué à la fameuse bataille de Gabaon que chantèrent les poètes et qui fut suivie d'un raid impétueux à travers le sud de Canaan. Après cet exploit, Josué rentra encore à Galgala. Désormais il n'avait plus grand chose à redouter sur ses derrières ; aussi semble-t-il n'avoir guère tardé à quitter les plaines de Jéricho ; il marcha sur la Montagne d'Éphraïm, où il avait déjà pénétré jusqu'à Sichem, et il s'y installa. Les rois du Nord,

inquiets de cette avance irrésistible qui, maintenant, gagnait du terrain de leur côté, formèrent une coalition à leur tour ; ils paraissaient plus redoutables que les Cananéens du Sud, puisque, maîtres de vastes plaines, ils pouvaient mettre en ligne de nombreux chars de guerre. Josué cependant fondit sur eux, les dispersa près des Eaux de Mêrôm en Galilée, incendia Hâçôr, la capitale de Yâbîn, chef des coalisés, massacra de nombreux combattants, recueillit un immense butin et ramena des troupeaux d'esclaves. Le gros œuvre de la conquête était terminé.

Entre temps commençait l'occupation du territoire des indigènes soumis ou décimés ; elle se poursuivit bien après la mort de Josué ; plusieurs batailles de la période des Juges en marquèrent les dernières phases. A l'est du Jourdain, elle dut s'ébaucher dès le temps de Moïse. A l'ouest, Éphraïm et Manassé furent sans doute les premiers à s'installer à demeure dans leurs conquêtes. Profitant de la terreur qu'ils inspiraient, peut-être de leur appui et, en tout cas, de leurs succès, les autres tribus se répandirent en Canaan pour s'y tailler un domaine. La prise de possession se fit avec un certain ordre. Moïse était un grand organisateur; Josué, un grand chef militaire; ils avaient dû prévoir et régler dans ses grandes lignes la distribution des terres entre les tribus selon les affinités et l'importance de chacune d'elles. Au camp de Galgala, près du sanctuaire national de l'arche à Silo, des ententes pour le partage furent conclues sous la haute autorité de Yahwè ; il y présida comme il avait dirigé cette dure entreprise de la pénétration en Canaan. La vaillance habile et fougueuse de Josué, l'entrain confiant et tenace des tribus, enfin la foi de tous au Dieu d'Israël recevaient leur récompense : la Terre promise était donnée.

Page 1